Médecin, est-ce encore une vocation ? - Nouvelle Page Santé

Médecin, est-ce encore une vocation ?

Chers amis,

“J’ai toujours rêvé d’être chirurgien esthétique !”

Vous n’avez probablement jamais entendu cette phrase.

Et pourtant, avec l’ophtalmologie et la dermatologie, la chirurgie plastique fait régulièrement partie des spécialités les plus choisies par les étudiants en médecine1.

Cette année encore, les résultats des ECN (les “épreuves classantes nationales” qui sanctionnent la fin du cursus d’externe des étudiants en médecine) m’ont frappé.

C’est en fonction de leur résultat à cet examen, qui a lieu à la fin de la 6ème année d’études de médecine, je le rappelle, que les futurs internes peuvent choisir leur spécialité ainsi que leur lieu d’affectation.

Voici donc les résultats des ECN pour l’année 20202 (8 161 candidats).

Le top 5 des disciplines préférées :

  • Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique ;
  • Ophtalmologie ;
  • Dermatologie et vénérologie (une branche de la dermatologie consacrée aux organes génitaux) ;
  • Médecine cardiovasculaire ;
  • Chirurgie maxillo-faciale.

Le top 5 des spécialités les moins demandées :

  • Psychiatrie ;
  • Gériatrie ;
  • Santé publique ;
  • Biologie médicale ;
  • Médecine et santé du travail.

Et la médecine générale dans tout cela ? Eh bien elle arrive en 6ème position… en partant de la fin.

Médecin généraliste : la fin d’une vocation ?

Cette année, le classement de l’internat semble être parti pour être similaire. A une exception près : à la “faveur” du Covid, la spécialité « anesthésiste réanimateur” remonte dans le classement3 (ouf).

Pourtant, ce classement, n’est pas nouveau : cela fait plusieurs années que ce mouvement est en marche. Et si je vous en parle aujourd’hui c’est parce que j’y vois la confirmation d’une triste dérive.

À tous les niveaux, notre santé semble être régie par des intérêts financiers. 

Soyons clair, beaucoup de médecins font encore un travail remarquable et se vouent corps et âme à leurs patients.

Mais je décèle dans ce classement une dégradation de fond.

Devenir chirurgien esthétique à Paris, ne me semble pas relever d’une vocation mais plus d’un calcul financier.

À l’inverse, je m’inquiète de ce que la médecine générale soit de plus en plus considérée comme une voie de garage, en particulier dans les milieux ruraux.

À ce rythme, les déserts médicaux ne sont pas prêts de se résorber.

Une étude de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) relayée dans La Dépêche4 avance qu’en milieu rural, plus de la moitié des médecins dépasse aujourd’hui 55 ans et ne trouve plus de successeurs.

Médecins malgré eux ?

Nous avons beaucoup parlé dans cette lettre, avec mon ami le Dr Antoine Demonceaux, des difficultés que rencontre aujourd’hui la médecine généraliste.

Ras-le-bol des médecins, désamour des patients : le dialogue semble être rompu. L’affaire “une consultation une question” en est selon moi un exemple criant.

Le classement de l’internat, hélas, semble confirmer cette réalité et cette impasse.

Une récente enquête montre d’ailleurs que, si c’était à refaire, 3 médecins sur 10 ne choisiraient pas le métier de médecin5.

Gardons espoir dans la nouvelle génération !

Mais tout n’est pas perdu !

En juin dernier, à la surprise générale, Marie Ahyerre, la major des ECN 2021 (première sur 9 000 candidats), a choisi la médecine générale parmi toutes les possibilités qui s’offraient à elle.

Elle révèle dans une interview qu’elle a choisi cette spécialité pour la variété des pathologies et des personnes qu’elle sera amenée à traiter. Surtout, elle insiste sur la relation enrichissante qu’elle espère nourrir avec les patients dans un cabinet libéral6.

J’en suis convaincu, devenir médecin, même en 2021, doit rester le fait d’une passion, d’une vocation.

C’est ce qu’un autre sondage de l’institut Medscape a mis en avant7 :

Médecin est « un métier qu’il faut choisir par passion, car cela demande beaucoup de sacrifices personnels ». « C’est le plus beau métier du monde, mais qui doit être fait par vocation ».

Je fais donc le vœu que la médecine classique continue d’être choisie par des professionnels passionnés par la santé et leur mission de soin, plutôt que guidée uniquement par des intérêts financiers.

Il me semble que les médecines alternatives et complémentaires (ô combien décriées !) ont moins à souffrir de cette difficulté.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

À bientôt,

Laurent des éditions Nouvelle Page

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Évaluation de l'article

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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Mace Martine
Mace Martine
24 jours il y a

Bonjour, je partage malheureusement cet avis. Par exemple, quand ma dentiste a pris sa retraite, elle n’a pas pu trouver de successeur. Motif : chiffres d’affaires pas assez élevé. Il y a de graves problèmes dans la formation de ces jeunes. Des notions de gestion, oui, mais la médecine n’est pas un business.

Martine
Martine
24 jours il y a

Merci de nous redonner espoir quant à la formation de médecins « holistiques » des sages à mon sens !!!
cordialement . Martine

Grenier de Cardenal
Grenier de Cardenal
24 jours il y a

Bonjour Monsieur, J’ai lu avec intêret votre article et vous en remercie. Toutefois, il me semble nécessaire de rajouter un phénomène sociétal : les nouvelles générations veulent souvent tout et sans trop d’effort. Si contrainte il y a, effectivement la compensation financière est attendue ! Pour autant, trouvez-vous normal qu’un généraliste ne soit payé que 25,-€ ? Aucune reconnaissance du travail fondamental qu’ils font par l’organisme payeur. Il a deux alternatives : soit il prend le temps de faire une consultation correctement et il ne gagne pas sa vie, soit il passe 15 minutes par patient…., plus d’écoute et surtout… Lire la suite »

Maf
Maf
24 jours il y a

Bonjour de nos jours on a l’impression que certains médecins font la médecine pour le business et ils oublient les paroles de serment qui fait d’eux les médecins et dommage.

Danièle
Danièle
24 jours il y a

Je suis tout à fait d’accord avec ce dont vous nous faites part dans votre lettre, Laurent.
Cette situation difficile a montré le malaise qui existe déjà depuis un moment.
Mais ceux et celles qui sont passionnés, le resteront si on leur donne la possibilité de faire, avec leur bienveillance, leur écoute et leur motivation à vraiment soigner leurs « patients » qui les respectent et les considèrent. Ne les réduisons pas à des « machines » à distribuer des ordonnances.

AUDE-MARIE LHOTE
AUDE-MARIE LHOTE
24 jours il y a

TEMOIGNAGE. Déjà âgée, fille, petite fille, arrière petite fille de médecin. Notamment, mon grand père maternel, parisien, avait choisi, par vocation, d’être médecin (généraliste) de campagne. Il ne l’a jamais regretté, au contraire ! « Si c’était à refaire, a-t-il dit, je recommencerais de même. » Pour rien au monde, il aurait donné sa place. Il ne reculait devant rien : été comme hiver, 7/7jours, 24/24h, il était disponible pour ses patients, se déplaçant à toute heure, faisant de la petite chirurgie si nécessaire, les accouchements, etc. Ma mère se souvenait n’avoir passé que la moitié d’un réveillon de Noël avec lui.… Lire la suite »

Robert DUBOC
Robert DUBOC
24 jours il y a

Bonjour,
en ce qui concerne les médecins généralistes, il me semble qu’il existe, pour eux, la possibilité de devenir « spécialiste généraliste » après une ou deux années d’études supplémentaires. Qu’en est-il vraiment, ou était-ce une proposition qui n’a pas aboutie ? De toutes façon, généraliste n’est plus attractif, car suite à la covid, ils ne peuvent même plus soigner avec les médicaments qui guérissent ! pour ceux qui le voudraient encore !
Bien cordialement – RD

Sylvie ROUTELOUS
Sylvie ROUTELOUS
23 jours il y a

Bonsoir à tous
Oui malheureusement, manque de médecins généralistes partout. Oui à une vocation mais souvent pas le temps de soigner les patients, alors on fait vite. On écoute qu’une partie des questions pour passer aux patients suivants (le temps est compté)
Les spécialistes prennent beaucoup plus le temps de vous écouter et comprendre comment faire pour améliorer votre santé, sûr la consultation est plus chère. C’est peut-être notre système à revoir…..
On peut se poser plusieurs questions. Es ce le chiffre qui compte ou la santé des patients?
Dommage!!!!!!!

Sylvie ROUTELOUS
Sylvie ROUTELOUS
23 jours il y a

Je rajoute aussi mon médecin du sport (71ans) qui donne sa vie pour soigner ses patients parce qu’il aiment les gens…..Aujourd’hui je ne sais pas s’il y en a d’autres comme lui. Même des patients sans sécurité sociale…..Certains médecins ont signés le serment d’Hippocrate mais sélectionne leurs patients……..

Chaumont
Chaumont
23 jours il y a

Tant mieux que l’on décrie moins la médecine alternative et espérons que les médicaments homéopathiques seront de nouveaux remboursés.

Maflor
Maflor
8 jours il y a

Le sujet est très bien posé.En fait, même ceux qui sont formés en médecine générale reçoivent déjà une formation spécialisée, focalisée sur les organes, l’étiquetage des morbidités et les protocoles des soins qui sont, en outre, beaucoup influencés par les Pharmas. L’anamnèse du patient, son observation et son examen sont terriblement écourtés depuis quelques décennies. De leur côté, les médecines alternatives ont une bien autre perception de l’être humain, tenant compte de son ensemble corps-âme-esprit et prenant plus de temps à l’écoute et à l’observation, de plus en ayant une panoplie de thérapies à disposition bien plus large. En outre,… Lire la suite »

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