S’empoisonner en mangeant, est-ce inévitable ?

S’empoisonner en mangeant, est-ce inévitable ?

Quel est le régime le plus en vogue aux États-Unis ?

Le régime paléo qui consiste à manger comme les hommes préhistoriques ? Non (même si 3 % des Américains déclarent le suivre).

Le flexitarisme, nouveau terme à la mode qui désigne le fait de ne pas manger de viande chez soi, mais d’accepter à l’occasion, chez un ami ou à une célébration, de croquer dans un steak ou un poulet rôti ? Perdu !

Selon une étude de l’International Food Council publiée en avril 2019[1], 10 % des Américains pratiquent le clean eating, que l’on pourrait traduire par  “manger propre”.

Le clean eating est une philosophie de consommation qui consiste à se remettre à acheter et manger comme le faisaient nos grands-parents (des produits frais, de proximité, de saison), et à les cuisiner à la maison.

On ne vise pas l’autarcie, en produisant ses légumes et en entretenant son poulailler, mais on achète des aliments de base, non transformés et qu’on prend le temps de cuisiner.

Les plats transformés nous transforment, et pas en bien !

L’ennemi numéro 1 du clean eater, c’est le plat tout préparé, en particulier industriel.

Pourquoi ?

Parce que les plats préparés contiennent des tas d’additifs, destinés à les rendre plus appétissants, plus savoureux, à leur permettre de se conserver plus longtemps, et à réduire leur coût de production. Or, l’impact nocif de l’ensemble de ces additifs alimentaires, colorants, édulcorants, exhausteurs de goût, préservatifs, agents de texture, etc. pour notre santé a été démontré par de nombreuses études.

Une étude espagnole, qui a suivi pendant 9 ans 8 451 femmes non obèses, a montré que celles consommant plus d’aliments ultra-transformés (AUT) ont un risque de surpoids ou d’obésité augmenté de 26 %[2]. Selon une autre étude américaine[3], ce risque est plus prononcé chez les femmes que chez les hommes.

À noter que ces études se sont appuyées sur la classification des aliments NOVA mise en place l’ONU[4], une classification en 4 codes couleurs qui est disponible sur les emballages de certains produits présents dans votre supermarché.

  1. Aliments non transformés ou transformés minimalement (par exemple un steak)
  2. Ingrédients culinaires transformés (par exemple, de l’huile)
  3. Aliments transformés (par exemple du pain)
  4. Produits alimentaires et boissons ultra-transformés (par exemple un snack ou un plat cuisiné).

Sucre et sel : le b.a.-ba du clean eater

Les industriels ajoutent du sucre dans la grande majorité des aliments transformés, même dans les plats salés !

La barquette de 300 grammes de raviolis aux 4 fromages Lustucru, ça n’est pas un dessert quand même ?

Pourtant, elle contient 10,6 grammes de sucre[5].

On le sait, l’excès de sucre est lié à de multiples problèmes de santé, l’obésité bien sûr, le diabète, mais aussi des problèmes cardiaques[6].

Et le problème est exactement le même avec le sel !

À tel point que le gouvernement envisage de mettre en place une taxe sel, pour obliger les industriels à réduire les ajouts de sel en taxant au-delà d’une certaine limite.

On trouve du sel dans tous les plats cuisinés, mais aussi dans les produits sucrés. Le sel rehausse les saveurs sucrées et inhibe les saveurs amères. En plus, il permet d’augmenter le poids des aliments à bas prix, en retenant l’eau.

Du coup les industriels en mettent partout : 3 grammes de sel en moyenne dans une assiette de raviolis en boîte (soit trois cuillérées à café rases).

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé) on pourrait éviter chaque année 2,5 millions de décès si la consommation de sel au niveau mondial était ramenée au niveau recommandé. Car trop de sel augmente le risque de cardiopathies et d’AVC[7].

Mais nous les Français, on a conservé une alimentation saine ?

Plus saine que les Américains probablement.

De très nombreux produits chimiques autorisés aux États-Unis sont interdits en Europe.

Pour prendre un exemple connu : il n’est pas autorisé en Europe de nettoyer la viande de poulet avec du chlore, comme le font les Américains pour tuer les salmonelles qui infectent la majorité des élevages de poulet américains.

Mais notre manière de manger a malheureusement évolué dans la même direction que nos cousins américains[8].

Nous cuisinons de moins en moins et mangeons de plus en plus hors de chez nous. La part de notre budget consacrée à l’alimentation est de plus en plus faible. Et nous consommons de plus en plus de produits transformés.

Deux exemples, en apparence anecdotiques, mais qui sont flagrants.

  • La France est le 2ème marché mondial pour McDonald’s, avec près de 1 500 “restaurants”. En ajoutant les restaurants Burger King, Pizza Hut et autres kebabs, on compte près de 70 000 “entreprises de restauration de type rapide”. Moitié plus qu’il y a 10 ans, et désormais près de 40 % de tous les restaurants du pays.
  • Uber Eats sera, à compter de l’an prochain, le sponsor principal du Championnat de France de football. Uber Eats, c’est la branche d’Uber qui permet la livraison de plats cuisinés, comme Deliveroo. L’idée, c’est de moins cuisiner chez soi, et ça marche visiblement.

Les ravages de la cuisine industrielle sont également bien identifiés chez nous.

Les résultats d’une étude de très grande ampleur, parus en 2018, ont de quoi faire peur. Une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire est associée à une augmentation de plus de 10 % des risques de développer un cancer au global et un cancer du sein en particulier[9].

Or, nos achats de plats préparés ont été multipliés par 6 en 50 ans[10].

Alors comment s’obliger à manger moins mal ? 

Les conseils donnés par les clean eaters peuvent parfois paraître déroutants de naïveté.

  • Il faut davantage faire ses courses dans les rayons primeurs et produits frais des supermarchés, car c’est là qu’on trouve les produits les moins transformés.
  • Il faut manger plus de légumes et de fruits non transformés, en diversifiant les couleurs : le vert des salades, le rouge des tomates et des poivrons, l’orange des carottes, etc. en américain ça donne “manger l’arc-en-ciel” !
  • Il ne faut jamais avoir un frigo vide, sinon on sera tenté de commander une pizza !
  • Il faut ranger les produits non ou peu transformés en avant dans le frigo, pour y penser en premier.
  • Il ne faut pas boire ses calories, et donc éviter tous les sodas, jus de fruits industriels, smoothies, etc. sans oublier de déguster son café sans sucre ni crème.

Une grande partie des conseils consiste aussi à réapprendre à faire des courses : faire des listes, regarder les étiquettes, varier ses achats, ne pas acheter des trop grandes quantités.

Une vigilance de tous les instants ? 

Ne nous leurrons pas. La malbouffe ne se trouve pas seulement chez McDo. Elle est aussi dans les cantines de nos enfants, nos cafétérias d’entreprise et surtout dans nos placards et nos réfrigérateurs.

Ce que nous enseigne le clean eating, c’est que manger sainement aujourd’hui requiert de notre part un effort constant, pour revenir à des ingrédients de bonne qualité tout en échappant aux bombardements d’additifs alimentaires de toute sorte.

Et cela a le mérite de nous rappeler que :

  • oui, faire des courses de produits frais régulièrement et cuisiner tous les jours cela prend du temps ;
  • cela peut même coûter un peu plus cher que d’acheter des produits tout prêts. Mais ce surcoût est dérisoire si on songe à tous les dangers que les additifs alimentaires représentent pour notre santé.

 

P.S. Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Il y a probablement un plat transformé auquel vous avez du mal à renoncer. Mettez-vous ce défi : vous allez cuisiner vous-même ce plat, et ce sera dix fois meilleur.

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CathyC
CathyC
1 année il y a

Bonjour,
Juste un petit mot pour vous remercier.
J adore lire vos lettres, toujours pleines de bon sens, de conseils pertinents et faciles à lire.
Merci pour tout ça.
Meilleurs vœux pour 2020.

Maurel
Maurel
1 année il y a

Pourquoi vous dites que mcdo c’est de là mal bouffe
Chez mcdo les aliments sont français avec des éleveurs de viandes qui sont contrôlés .
Les pomme de terre aussi là salades part des maraîchers a circuit court ça personne n’en parles
C’est trop facile de montrais du doigt mcdo
Dans certains restaurants étoilés ont nous dit pas tout c’est sûrement moins réglementé
Que chez Mcdo qui ont un cahier décharge strict sur les calories mis en place part des diététiciens .

michele forestier
1 année il y a
Reply to  Maurel

Avez vous remarquer la chose suivante : sur les murs du restaurant MC DO il y a la pub pour leur viande. Les posters indiquent en anglo american : « GOOD BEEF …etc » et puis quelquefois ce sont les mêmes affichettes seul le slogan change et l’on peut lire « GOOD MEAT… » même nombre de lettres même présentation. Or « meat » signifie « viande » et pas « boeuf »…Pourquoi ? parce que la viande est alors …des lombrics ! Remarquez ils sont tout à fait comestibles. Cependant rien que cette « tromperie » me permet de douter de la qualité de la bouffe à MC DO !

Caroline
Caroline
1 année il y a

J’ai arrêté les produits transformés, sauf quand je mange dehors, mais j’évite le plus possible. Quand je n’ai pas le temps de cuisiner, je préfère de loin deguster un légume (carotte, tomate, champignon, radis, endive..) tel quel, à la main avec un peu de sel ou de moutarde.. Pour le fruit c’est une évidence. Et si on privilégie des fruits et légumes plus chers ( avec l’économie réalisée en n’achetant que du brut), on n’a pas besoin de rajouter grand chose tellement déjà ça a un super goût. Oeufs brouilles, tranche de jambon, c’est rapide aussi….mais pour le transformé incontournable… Lire la suite »

Molina
Molina
1 année il y a

Moi je pense plus, j’ai 70ans je suis d’une génération qui cuisiner avec des produits frais, total des courses mon père a fait un avc massif, et ma mère diabétique à 50ans et DCD des suites de son arterite alors chercher l’érreur ?

Laurence
Laurence
1 année il y a

J’aime beaucoup lire vos commentaires. Merci de vos partages.
Je suis entièrement d’accord avec vous.
Après chacun prend le temps où il veut pour se nourrir, ce n’est pas toujours facile, c’est une épreuve comme une autre.
Je vous souhaite une année 2020 rayonnante.

Daniel
Daniel
1 année il y a

Pourquoi dites-vous de faire les courses dans les hypermarchés ? C’est sur les Marchés qu’il faut faire ses achats auprès des producteurs : ainsi vous avez des fruits et légumes tout frais, qui n’ont pas faits plein de km et de produits chimiques. Il faut lier une relation avec ces producteurs, cela les encourage.
Et bonne alimentation = bonne santé !

JosetteC
JosetteC
1 année il y a

Grand merci : j’ai mis un nom sur mon chemin de résistance. En effet, je suis et je resterai clean eater (j’aurais préféré un nom français. Ouf, ce n’est ni une faute ni une maladie. Voeux pour 2020

N C
N C
1 année il y a

Merci pour ces conseils et…surtout pour avoir le courage de le dire. Bonne Année.

Daniel-M
Daniel-M
1 année il y a

Merci pour ces mots de bon sens. Le bon sens, un truc qui se perd aussi un peu en ce moment et que l’on ne trouve pas dans les super marchés ! :o)

David
David
1 année il y a

Bonjour,
Merci pour vos lettres.
Je pense néanmoins qu’il faut préciser que les produits bruts et frais c’est bien, mais insuffisant. Il faut aussi privilégier les circuits courts et surtout l’agriculture bio : les pesticides détruisent la planète, la santé et la biodiversité. Tout notre environnement est gravement contaminé : l’air, les eaux, le sol, nos propres organismes… Le seul avenir vivable est dans l’arrêt général de l’usage des pesticides de synthèse et du transport irréfléchi des aliments -sans parler de la souffrance animale- pour des raisons mercantiles aux conséquences mortifères.
Meilleurs vœux à tou.te.s

Arnoux christine
Arnoux christine
1 année il y a

cet article est d’une puérilité navrante ou bien c’est moi qui depuis longtemps ne vit plus du tout dans ce monde
c’est horrible de penser qu’il y a des gens auxquels il faut redire encore des choses comme ça qui sont d’une évidence extrème

SERRANO
SERRANO
1 année il y a

Nous sommes tous des enfants et on a besoin d’être recentré de temps en temps. En outre il y a parmi nous des personnes qui prennent le train en marche. Il ne faut pas penser qu’à soi…

Jean-Claude
Jean-Claude
1 année il y a

Bonjour Frédéric, J’ai presque honte en ayant la chance de pouvoir manger sainement. Je vis en Thaïlande en tant que retraité et tous les produits que nous consommons proviennent des marchés locaux (je suis au bord de la mer) : légumes, fruits, poissons, fruits de mer, viande de poulet et de porc, et tout cela a des prix incroyablement bas (1 kg de bananes pour 0,25€). Mes salades du midi sont agrémentés de poivre noir et blanc, curcuma, coriandre, gingsen, huile d’olive et huile de noix de coco bio, vinaigre de cidre et vinaigre de noix de coco (que je… Lire la suite »

michele forestier
1 année il y a

Merci pour cet article … oui il faut dire et redire « manger régional ». Même loin des producteurs régionaux, il faut leur donner la priorité en leur achetant leurs produits. Il est difficile pour eux parfois d’obtenir le label bio mais si vous prenez le temps de rentrer en contact avec eux, ils vous expliqueront où ils en sont. On peut ne pas avoir le label bio et faire pousser des produits propres, sans pesticides ni engrais de synthèse ou intrants chimiques. Et sur les marchés dans les grandes comme dans les petites villes ils sont là. De plus l’argent que… Lire la suite »

Touboul Sylviane
Touboul Sylviane
1 année il y a

Merci pour votre lettre.Je suis très proche du genre d’alimentation que vous conseillez mais une piqûre de rappel ne peut être que salutaire pour la plupart d’entre nous.

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