Le bon et le méchant : radical libre et antioxydant

Le bon et le méchant : radical libre et antioxydant

En matière d’information sur la santé, comme dans les bons films d’action, il faut un héros facile à reconnaître et un méchant vraiment très méchant.

C’est plus facile à comprendre, plus simple à expliquer, et la solution ne se discute pas (il faut dézinguer le méchant).

Vous ne me croyez pas ? Pourtant, vous avez lu comme moi bon nombre d’articles sur :

  • le bon et le mauvais cholestérol ;
  • le bon sucre (le fructose) et le mauvais (le glucose).

Étrangement, quand on creuse, on découvre que c’est plus compliqué dans la vraie vie, et que les solutions évidentes (prendre ça et pas ça) ne tiennent pas la route.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un de ces couples bons/mauvais à succès qui simplifie le travail, mais finit par occulter la réalité et peut aboutir à des excès potentiellement dommageables pour votre santé.

Les méchants radicaux libres

et les gentils antioxydants

 

J’ai lu en préparant cette lettre des descriptions dignes d’un film d’horreur : 

  • “Les radicaux libres agressent violemment la membrane cellulaire” ;
  • “Tous les êtres vivants subissent les agressions de ces terribles prédateurs”[1] ;
  • “Une cellule humaine est agressée en moyenne 10 000 fois par jour par les radicaux libres[2].

Ce sont des molécules, pas des Amazones sanguinaires !

Le discours que vous entendez habituellement se résume ainsi : 

  • l’accumulation de radicaux libres dans notre corps est la principale cause du vieillissement ;
  • la multiplication des radicaux libres provoque des dysfonctionnements cellulaires conduisant, par exemple, au développement de cancers.

À l’inverse, les antioxydants sont censés neutraliser les radicaux libres et contribuer si ce n’est à nous faire rajeunir, du moins à ce que notre métabolisme ne vieillisse pas.

Si seulement c’était aussi simple…

Disons-le très clairement : radicaux libres et antioxydants forment une équipe inséparable et leur action conjointe est déterminante pour notre bonne santé.

Ce qui est mauvais pour la santé n’est pas d’avoir trop de radicaux libres et/ou pas assez d’antioxydants. 

Ce qui est mauvais pour la santé est d’avoir un déséquilibre entre l’activité de vos radicaux libres et celle de vos antioxydants.

Vous pouvez répéter la question ? 

Qu’est-ce qu’un radical libre, et qu’est-ce que le stress oxydatif ?

Les radicaux libres sont des molécules qui disposent d’un électron libre. 

Leur charge électrique étant déséquilibrée, ils sont extrêmement instables. 

En conséquence, ils vont, pour dire les choses simplement, chiper un électron dès qu’ils le peuvent. La molécule voisine, privée d’un électron, devient donc elle-même un radical libre, et fait pareil avec sa voisine. Et ainsi de suite !

L’ennui est que cette chaîne de réaction entraîne des dommages à chaque cellule touchée. Le vieillissement, mais aussi certaines maladies, résulterait donc de l’accumulation de ces traumatismes au niveau cellulaire.

Les radicaux libres ces super-héros

Comment les radicaux libres se forment-ils dans notre corps ? 

Ils sont le sous-produit de la fabrication d’énergie à l’intérieur de nos cellules. 

En effet, nos cellules utilisent différents carburants pour fabriquer l’énergie dont elles ont besoin. Mais à chaque fois, la réaction chimique est imparfaite et différents types de radicaux libres peuvent apparaître.

Nous hébergeons tous, en permanence, des milliards et des milliards de radicaux libres, c’est une conséquence normale de notre fonctionnement métabolique.

La théorie des méchants radicaux libres est la suivante : ils sont comme des déchets au cœur d’une centrale nucléaire, des déchets qu’il faut absolument neutraliser avant qu’ils n’irradient tout autour d’eux.

Comment ? En les bombardant d’antioxydants, des molécules qui ont la capacité de libérer des électrons et de stopper les chaînes de réaction initiées par les radicaux libres avant qu’elles endommagent trop de cellules saines.

La nature avait (encore) tout prévu

N’oublions pas que la nature est bien faite : nous avons déjà nos brigades antioxydants à l’intérieur du corps.

Notre métabolisme en fabrique en permanence : les principaux sont l’acide urique et le glutathion. 

Notre corps utilise aussi des micronutriments naturellement antioxydants présents dans notre alimentation, notamment la vitamine C, la vitamine E et le bêta-carotène.

Les scientifiques ont un très joli mot pour désigner l’équilibre qui s’établit, en principe, entre radicaux libres et antioxydants présents naturellement, en permanence, à l’intérieur de nos cellules : l’hormèse, qui désigne l’homéostasie appliquée au stress oxydatif.

“L’hormèse est essentielle à la maturation cellulaire car, en activant les mécanismes endogènes de défense et d’adaptation, un stress modéré arme les cellules pour mieux combattre un stress ultérieur.

Autrement dit, radicaux libres et antioxydants participent à un cycle naturel au niveau cellulaire, qui contribue au renouvellement et à l’adaptation de nos cellules, y compris dans certains cas, en provoquant la mort et le remplacement de certaines cellules endommagées ou vieilles.

Mais alors pourquoi déteste-t-on autant les radicaux libres ? 

Notre environnement moderne remet brutalement en cause l’équilibre entre radicaux libres et antioxydants dans notre organisme. 

Notre alimentation, moins riche en fruits et légumes, nous fournit moins d’antioxydants.

Mais surtout, notre mode de vie provoque l’apparition d’un surplus de radicaux libres, non liés à la production d’énergie au cœur de nos cellules. 

La liste des facteurs générateurs de radicaux libres est hélas longue et fait peur.

  • la cigarette (comme presque toujours facteur numéro 1) ;
  • toutes les pollutions, qu’elles soient liées à l’air, à l’eau ou aux aliments ;
  • les ultraviolets liés à l’exposition au soleil ;
  • les rayonnements liés à tous les appareils électroniques, y compris les téléphones portables ;
  • l’excès d’alcool ;
  • le stress psychologique.

Notre organisme, programmé pour gérer la quantité de radicaux libres naturellement produite par notre activité métabolique, ne parvient plus à s’adapter à cet excès de radicaux libres exogènes.

L’équilibre est rompu : au lieu de réguler le cycle de vie et de mort de nos cellules, l’excès de radicaux libres multiplie les mutations et le renouvellement cellulaire, ce qui aboutit à un vieillissement accéléré.

“L’accumulation chronique de stress conduit ultimement à l’épuisement des mécanismes protecteurs, à l’impossibilité de s’adapter au nouvel environnement cellulaire et donc à la sénescence, ainsi qu’à la mort cellulaire”.

L’accumulation de radicaux libres est un facteur favorable à de nombreuses maladies

Le lien entre l’augmentation du stress oxydatif et certaines pathologies, notamment les plus caractéristiques de notre temps, a été démontré : 

  • toutes les pathologies liées aux inflammations chroniques, comme l’arthrose, le lupus, le syndrome de détresse respiratoire aiguë, etc. ;
  • les maladies cardio-vasculaires ;
  • les maladies auto-immunes ;
  • les troubles dégénératifs neurologiques (maladie d’Alzheimer, de Parkinson, etc.).

Mais alors, la solution est bien de se débarrasser des radicaux libres ? 

Non, car les chercheurs découvrent maintenant, après avoir exploré en détail les effets délétères d’un excès de radicaux libres, qu’un excès d’antioxydants peut également être source de dysfonctionnements graves dans notre métabolisme !

Certains chercheurs remettent en cause aujourd’hui le lien direct entre stress oxydatif et vieillissement

Des études faites sur des animaux ont montré que le simple fait de réduire le stress oxydatif n’aboutit pas à une augmentation de la longévité.

Tout est toujours question d’équilibre ! 

L’excès d’antioxydants, et en conséquence, le manque de radicaux libres, contrarierait des fonctions métaboliques essentielles régulées par l’hormèse: 

  • les mécanismes de l’immunité ;
  • la régulation du cycle cellulaire ;
  • la synthèse d’ADN et la réparation de l’ADN endommagé ;
  • la différenciation cellulaire.

Mais comment pouvez-vous vous assurer de rester, ou de retourner au point d’équilibre ? 

Deux possibilités :

  1. mesurer votre état de stress oxydatif ;
  2. selon les résultats, augmenter ou pas, et dans une quantité à déterminer, vos apports d’antioxydants (ou de radicaux libres, mais c’est plus rare).

Comment faire ? 

Cette lettre est déjà trop longue. Rendez-vous demain pour explorer en détail ces deux points.

 

P.S. La question simple que vous pourriez vous poser aujourd’hui ?

Pour moi, qu’est-ce qu’être radicalement libre ?

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Évaluation de l'article

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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boitouzet claudine
boitouzet claudine
1 année il y a

un peu compliquée pour moi l’histoire des antioxydants et des radicaux libres…….à demain

Bouillard Danielle
1 année il y a

Cômme vous êtes limpide pour nous sortir de la duplicité du tout noir ou tout blanc.. Oui il faut laisser pousser l ivraie avec le bon grain sous peine d éradiquer le bon grain.. Et oui la voilà la vraie question qui se répercute dans chacune de nos cellules : qu est ce qu être « radicalement libre » si ce n est oser notre excellence et accepter et aimer nos zones d ombre, le tout faisant de nous un humain complet !
Merci merci

Myriam
Myriam
1 année il y a

C’est un sujet qui m’intéresse car on en parle bcp. À la fois bien clair et fort intéressant. Merci bcp

Mikael
Mikael
1 année il y a

Pas si clair , après avoir annoncé que la cellule dispose d’un électron libre (supplémentaire), le reste de l’article démontre plutôt qu’il lui en manque 1; ou est l’erreur!…

Eric Jaumotte
1 année il y a

Information rare sur un sujet actuel et important. Merci.

Auger
Auger
1 année il y a

Merci des précieuses infos.

Véro
Véro
1 année il y a

Enfin des infos claires, une vulgarisation qui reste technique et qui ne cherche pas à donner dans le sensationnel ni la dichotomie gentil/méchant. Et oui tout est équilibre, comment le maintenir ou le rétablir dans ce monde d’excès ? Vivement la suite !

Ballaman Liliane
Ballaman Liliane
1 année il y a

Bonjour Frederic, voilà je m’intéresse beaucoup à ma santé et tout ce qui ce passe dans mon corps, bien que eu 13 opérations que je dirais plutôt mécanique que maladie et ayant actuellement 71 ans, je suis en excellente santé faisant du sport intensif 3 x par semaine depuis une année, oui pace que il y a une année j’ai découvert le produit miracle pour vivre jusqu’à un âge très avancé et en santé. Vous avez raison sur toutes ces molécules dont nous avons tous dans notre corps, vous avez raison sur beaucoup de points et comme vous je pratique… Lire la suite »

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