L’arthrose des riches... ou du futur ? - Nouvelle Page Santé

L’arthrose des riches… ou du futur ?

Charles X

Le point commun entre Alexandre le Grand, Henri VIII, Charles Quint et Louis XIV ? Ils étaient tous rois, ou empereurs, et souffraient tous de la goutte.

Historiquement, cette maladie touchait surtout des nobles ou des membres du clergé, car eux seuls profitaient d’une alimentation suffisamment riche et grasse (viandes et alcools notamment) pour déclencher la goutte.

Mais on observe depuis une vingtaine d’années un retour en force de cette maladie. Parce que nous mangeons comme des rois ? Un peu, mais surtout, parce que nous mangeons comme des cochons.

Des cailloux dans nos articulations

La goutte est une forme de rhumatisme particulièrement douloureuse. Elle atteint les articulations, et notamment l’articulation de base du gros orteil, ainsi que les parties molles (muscles, tendons, graisses, vaisseaux, nerfs, etc.).

Pourquoi cette forme d’arthrose touche-t-elle en particulier les personnes qui ont une alimentation trop riche ? Parce que l’origine des douleurs n’est pas liée à une dégradation des cartilages, comme pour l’arthrose des genoux ou des mains, mais à une accumulation de cristaux d’acide urique à des endroits précis. Or, une alimentation trop riche, notamment en protéines, favorise cette accumulation.

Cette cristallisation a lieu lorsque le taux d’acide urique dans notre sang dépasse 6 mg par décilitre de sang. Au-delà, des cristaux d’acide se forment, ce qui provoque des calculs rénaux et des crises de goutte.

Une arthrose étroitement liée à notre alimentation

L’hyperuricémie (un taux d’acide urique supérieur à 60 mg/l) peut résulter d’une production d’acide urique excessive par notre corps ou d’une faiblesse dans notre capacité à l’éliminer, voire les deux causes combinées.

La dégradation de certains aliments durant la digestion provoque une hausse du taux d’acide urique :

  • les aliments riches en protéines d’origine animale (abats, viandes, poissons, fruits de mer), d’où le fait que les personnes nobles, qui consommaient beaucoup de viande, étaient fréquemment touchées ;
  • les alcools forts, les boissons sucrées et la bière (même sans alcool).

Une baisse de notre capacité à éliminer l’acide urique peut être liée à des éléments héréditaires (dysfonctionnement des « pompes à acide urique » situées dans les tubules rénaux, insuffisance rénale chronique) ou à la prise de certaines médicaments.

Pourtant, à dose normale, l’acide urique a une fonction importante dans notre corps : c’est notre principal antioxydant naturel.

Mais, en excès, il peut non seulement provoquer la goutte et, sur le long terme, être fatal pour les reins.

La crise de goutte : une scène qu’il vaut mieux voir au cinéma

Dans le film La Favorite, la reine Anne (interprétée par Olivia Colman) souffre de crises de goutte terribles, que sa confidente Abigail (Emma Stone) tente de calmer à l’aide de décoctions d’herbes dont elle a le secret.

héroine du film La favorite

La crise de goutte est l’inflammation d’une articulation qui devient terriblement douloureuse. Elle frappe souvent pendant le sommeil, en général au niveau des pieds.

L’articulation et la peau qui l’entoure sont gonflées. La partie touchée est tellement douloureuse que le simple contact d’un drap sur la peau est insupportable. Pas question de se déplacer ni même de bouger bien sûr.

La crise de goutte est déclenchée par une augmentation brutale du taux d’acide urique : un dîner copieux à base de viande ou une consommation excessive d’alcool.

La maladie des rois, mais plus rarement des reines

Si de nombreux rois souffraient de la goutte, ce n’est pas seulement à cause de leur alimentation déséquilibrée.

La plupart des personnes souffrant de goutte présentent une prédisposition génétique qui réduit la capacité des reins à éliminer l’acide urique. Nos lignées de rois européens souffrant de consanguinité, le facteur héréditaire jouait d’autant plus.

De plus, les hommes en sont davantage victimes que les femmes. 80 % des personnes souffrant de la goutte sont des hommes. Les femmes sont protégées par certaines hormones sexuelles féminines jusqu’à la ménopause. C’est pourquoi la goutte se manifeste en général entre 35 et 40 ans chez les hommes, mais plus tard (en moyenne entre 55 et 60 ans) chez les femmes.

Une maladie qui revient à la mode

On parle moins de la goutte que des autres formes d’arthrose, pourtant les dernières études montrent que cette maladie est également en augmentation.

Une étude réalisée au Royaume-Uni[1] a révélé qu’entre 1997 et 2012, le taux de prévalence (la quantité de gens souffrant de la maladie) avait augmenté de 64 %, atteignant 2,5 malades pour 1 000 habitants.

Cette augmentation était particulièrement forte dans les régions les plus en difficulté économiquement, le nord-est et le Pays de Galles, et non pas les plus prospères.

En Suisse, depuis le début des années 2000, la prévalence de la goutte a même doublé chez les plus de 65 ans, selon Alexander So, chef du service de rhumatologie au CHUV de Lausanne[2].

Pourquoi cette augmentation ?

Une autre étude, américaine cette fois[3], apporte un élément de réponse. Elle a exploré le lien entre le taux d’acide urique dans le sang et l’alimentation chez plus de 16 000 individus.

Résultat : six types d’aliments sont associés à une augmentation de la concentration d’acide urique.

  • La bière
  • Les liqueurs et alcools forts
  • Le vin
  • Les pommes de terre
  • La volaille et la viande
  • Les sodas.

Huit sont associés à une diminution de la concentration d’acide urique.

  • Les oeufs
  • Les noix
  • Les céréales qui se mangent froides
  • Le lait écrémé
  • Le fromage
  • Le pain complet
  • La margarine
  • Les fruits hors agrumes.

Le retour en force de la goutte s’inscrit donc, sans surprise, parmi tous les effets délétères de notre alimentation moderne, trop sucrée, trop riche en viande, et où la boisson principale n’est plus l’eau, et devient donc à tort une source de calories.

Une maladie qu’on sait maintenant soigner

Au temps des rois, elle était handicapante voire mortelle, mais la goutte se soigne aujourd’hui relativement bien. Son développement et l’apparition de crises étant liés au taux d’acide urique dans le sang, cette forme d’arthrose est beaucoup plus facile à traiter que les autres rhumatismes.

Au moment de la crise, on a recours à de la colchicine (le principe actif de la colchique) et/ou à des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), parfois même à des injections de cortisone intra-articulaire.

Au-delà de la crise, des médicaments permettent de réduire le taux d’acide urique dans le sang. L’Allopurinol est l’un de ceux couramment utilisés.

Une maladie qu’on peut aussi éviter

Mais comme pour toutes les maladies de civilisation, et sans toutefois faire abstraction de la prédisposition génétique qui devrait inciter à encore plus de précautions, quelques règles alimentaires simples permettent de réduire le risque d’être touché.

Pour améliorer le fonctionnement rénal, et éviter que votre concentration d’acide urique n’atteigne des seuils dangereux, voici quelques conseils.

Évitez :

  • les excès de viandes (gibier et abats en particulier), poissons, crustacés ;
  • soyez vigilant concernant votre consommation d’alcool en général, et de bières et alcools forts en particulier ;
  • évitez aussi les aliments trop riches en fructose, il se convertit partiellement en acide urique (miel, jus de fruits, dattes, figues sèches).

Consommez sans modération (ou presque) :

  • les végétaux (légumes, légumineuses, tubercules, courges, céréales semi-complètes, etc.) ;
  • les aliments riches en vitamine C, laquelle favorise l’élimination de l’acide urique (kiwi, papaye, goyave, agrumes…) ;
  • privilégiez les œufs comme source de protéines, et quand vous mangez de la viande, choisissez les morceaux les plus maigres.

Certaines eaux minérales alcalines permettent de faire baisser l’acidité du sang (tel que Badoit, Vernière, Quézac, Arvie, Salvetat, Vittel) provoquée par l’augmentation de la concentration d’acide urique.

À noter que, selon une étude canadienne parue en 2007 et portant sur près de 50 000 personnes pendant 12 ans[4], une consommation régulière de café (entre une et cinq tasses par jour), qu’il soit caféiné ou décaféiné, est associée à une diminution du risque de goutte. Mais cela ne marche pas pour le thé !

Enfin, certaines tisanes, comme la feuille de bouleau, le cassis ou l’aubier de tilleul (la partie tendre de l’écorce du tilleul) vous aideront à stimuler votre fonction rénale, laquelle est la clé pour réguler votre taux d’acide urique.

 

P.S. Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Révisez votre histoire des rois de France en vous amusant en allant sur  https://www.laculturegenerale.com/quiz-rois-de-france/.

Sources :

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que Santé Nature Innovation pourra l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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Graf Doris
Invité
Graf Doris

Il me semble qu’il y a une erreur dans le texte concernant les agrumes, il faudrait préciser lesquels, oranges ou citrons, je crois qu’ils n’ont pas les mêmes qualités, et sont à ma connaissance opposés, oranges non et citrons oui ? Merci de me confirmer

Frédéric Forge
Invité
Frédéric Forge

Bonjour Doris et merci pour votre message

C’est la vitamine C contenue dans les agrumes qui permet de réduire le taux d’acide urique.

Très cordialement

Didier
Invité
Didier

Bonjour,
On entend, je pense, tout le temps dire que le café est acide. Il suffit de poser la question sur internet…
Qui peut-on encore croire?

tiber
Invité
tiber

je cherche toujours des conseil pour le neuropathies sensitives périferiques mais neni merci de penser à moi

Frédéric Forge
Invité
Frédéric Forge

Bonjour Laurent

Avez-vous consulté cet article ?

https://www.revmed.ch/RMS/2007/RMS-110/32246

Très cordialement

Evelyne
Invité
Evelyne

J’ai remarque que la margarine etait recommandee dans ce contexte (diminuer le taux d’acide urique.) La margarine est un ‘non-aliment’ obtenu par l’hydrogenation d’huiles vegetales normalement liquides, afin de les rendre solides. Ce genre de produit, fabrique par l’industrie alimentaire pour sa longue conservation, est fortement deconseille par beaucoup de nutritionistes.

DANIEL
Invité
DANIEL

Bon, là du coup, je vais arrêter de boire et de manger ! :o)

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