Crises cardiaques : un défibrillateur vous sauvera-t-il la vie ? - Nouvelle Page Santé

Crises cardiaques : un défibrillateur vous sauvera-t-il la vie ?

Quelles sont les trois choses qu’on est sûr de trouver dans toute mairie digne de ce nom ?
● Un buste de Marianne, plus ou moins plantureux selon les époques[1]
● Un portrait d’Emmanuel Macron (s’il n’a pas encore été décroché)
● Un défibrillateur

Mais un seul de ces trois objets est susceptible de vous sauver la vie !

Qu’est-ce qu’un défibrillateur ? Pourquoi en installe-t-on à tour de bras dans les lieux publics, et est-ce que ça marche vraiment ?

Un cardiologue bricoleur sorti de la jungle birmane

Depuis quelques années, on voit fleurir dans nos mairies et nos lieux publics, ces boîtiers, en général rouges, sur un support, en général vert, accompagnés de ce logo.

Mais les défibrillateurs existent depuis des dizaines d’années.

C’est un cardiologue nord-irlandais, Frank Patridge, qui a inventé dans les années 60 ce matériel de premier secours.

Sa vie est digne d’un roman. Médecin militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été fait prisonnier en Birmanie, et a travaillé sur le chantier de construction du chemin de fer qui a inspiré le fameux film Le Pont de la Rivière Kwaï !

Devenu chef du service cardiologie du Royal Victoria Hospital de Belfast, il comprit que de nombreuses victimes d’arrêts cardiaques qui mourraient avant leur arrivée à l’hôpital auraient pu être sauvées par des soins simples apportés immédiatement.

Défibrillateur = anti-fibrillation

85% des arrêts cardiaques sont provoqués par une fibrillation ventriculaire. C’est un dysfonctionnement du cœur dû à un déséquilibre électrique dans les ventricules. Le cœur, au lieu de pomper le sang en rythme, se met à trembler de manière anarchique.

La perte de conscience est immédiate, la respiration cesse : c’est la crise cardiaque.

La mort survient en quelques minutes si aucun traitement n’est administré.

Quelques minutes qui peuvent vraiment tout changer

Mais pendant ces quelques minutes, jusqu’à l’asystolie (c‘est-à-dire l’absence totale d’activité des ventricules), le cœur conserve sa capacité à fonctionner.

Franck Pantridge fut parmi les premiers à introduire en Europe les techniques de réanimation cardiorespiratoire. Il s’agit de tous ces gestes de premiers secours que nous avons appris à l’école ou au service militaire : pratiquer le bouche-à-bouche et la ventilation artificielle en appuyant sur le thorax.

Mais il réalisa qu’on pouvait faire beaucoup mieux.

Un simple choc électrique, correctement calibré et traversant le coeur de la bonne manière, pouvait resynchroniser les contractions des ventricules et permettre au cœur de battre à nouveau normalement.

Au cours des années 60, Pantridge développa des défibrillateurs de plus en plus légers et faciles à utiliser. Les premiers pesaient 70 kilogrammes et équipaient des ambulances spécialisées ! Les plus modernes pèsent aujourd’hui quelques centaines de grammes et sont manipulables par un enfant.

Des vies sauvées par milliers grâce à un simple outil

Dès 1967, les premières données épidémiologiques publiées dans The Lancet ont démontré l’efficacité des défibrillateurs.

Cinquante ans plus tard, les chiffres sont éloquents. Aux États-Unis, pays pour lequel on dispose des données les plus exhaustives, on estime que chaque année 18 000 personnes ont une crise cardiaque en dehors d’une structure médicale, mais en présence de témoins. Le temps moyen d’arrivée des secours est entre 4 et 10 minutes.

Si, pendant ces quelques minutes, un passant utilise un défibrillateur, le taux de survie est de 67%, alors qu’il n’est que de 43% lorsque c’est l’équipe médicale qui fait la première intervention.

De plus, les séquelles sont moindres : 57% des victimes pour lesquelles un passant a utilisé un défibrillateur ont des séquelles négligeables, contre 33% pour celles qui n’ont pas été secourues avant l’arrivée des équipes médicales.

Enfin, les auteurs de l’étude estiment que les défibrillateurs sauvent environ 1 700 vies chaque année aux États-Unis.

En France, un retard à l’allumage certain, mais des progrès

En France, ce n’est que depuis 2007 que des défibrillateurs peuvent être mis à la disposition du public. Avant, seul le personnel médical pouvait les utiliser.

On ignore combien de défibrillateurs ont été installés, mais le taux de survie à un arrêt cardiorespiratoire est passé de 5 à près de 10 %. Ce chiffre reste très faible comparé aux 20 % constatés aux États-Unis, pays beaucoup mieux équipé.

50 000 Français sont victimes d’un arrêt cardiaque chaque année, ce sont près de 10 000 d’entre eux qui pourraient être sauvés chaque année[3] !

Si la plupart des mairies ont montré l’exemple, c’était sur la base du volontariat. Jusqu’à l’été 2018, l’installation de défibrillateurs n’était pas obligatoire. Mais depuis juillet 2018, une loi oblige tous les établissements pouvant recevoir plus de 300 personnes à s’équiper d’un défibrillateur.

À partir du 1er janvier 2021, ce sera aussi le cas des établissements recevant moins de 300 personnes, à quelques exceptions près.

Attendez-vous donc à voir se multiplier les boîtiers rouges. Mais ceux-ci n’ont évidemment d’utilité que si nous savons nous en servir.

Vous pouvez sauver la vie de quelqu’un en seulement quelques gestes

Vous n’avez jamais ouvert le boîtier d’un défibrillateur, et vous vous demandez comment ça marche ? Prenez le temps de regarder cette vidéo sympathique, très bien faite par les sapeurs-pompiers de Moselle, elle vous montre en détail comment utiliser un défibrillateur.

Vous verrez, c’est extrêmement simple, n’importe qui peut le faire, même sans aucune formation ou expérience.

Dès l’allumage de l’appareil, une voix électronique vous indiquera quels sont les gestes à faire. Il faut mettre les deux électrodes (les patchs blancs) sur la peau de la victime, l’une sous l’aisselle gauche, l’autre sur la poitrine côté droit. L‘appareil fait alors le diagnostic de l’état cardiaque de la victime et délivre lui-même un choc électrique quand cela est approprié.

Surtout, n’hésitez pas si vous vous retrouvez dans cette situation. Appelez d’abord les secours, mais ne perdez pas une seconde ensuite.

Chaque minute de perdue diminue les chances de survie de 10%.

Ouvrez la boîte et suivez les instructions. Vous ne pouvez pas vous tromper.

Mais vous pouvez sauver une vie.

P.S. Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Repérez dans votre environnement, sur votre lieu de travail, sur votre trajet, les défibrillateurs à votre disposition. Savoir qu’il est là peut faire toute la différence (et regardez la vidéo des sapeurs-pompiers aussi).

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

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RaoulDaniel-MQuartier Auteurs de commentaires récents
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Quartier
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Quartier

Merci beaucoup pour cette information et transmission de vidéo. Il y a un défibrillateur près de chez moi, et je me disais jamais je ne vais l’utiliser car je ne sais pas comment cela fonctionne. Maintenant, je sais !

Daniel-M
Invité
Daniel-M

Je confirme. j’ai eu une formation de SST et je peux vous assurer qu’il ne faut avoir aucune crainte à utiliser ces appareils. Ce n’est pas plus compliqué que de se connecter sur Internet ou les réseaux sociaux, sauf que sur ce coup là, ça peut être utile !

Raoul
Invité
Raoul

Merci pour votre implication

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