Prévenir le cancer : quel est le secret des bêtes sauvages ?

Prévenir le cancer : le secret des bêtes sauvages

la baleine n'a pas de cancer

Cancer : notre société s’est malheureusement habituée à ces six lettres.

Nous avons tous dans dans notre entourage au moins une personne atteinte de cancer.

Selon une étude parue récemment dans The Lancet, qui a suivi pendant onze années une cohorte de plus de 160 000 personnes entre 35 et 70 ans, le cancer est devenu, malgré les progrès médicaux, la première cause de mortalité dans les pays développés[1].

Devant les maladies cardiovasculaires.

Nous faisons des progrès en matière de traitement de certains cancers : l’espérance de vie est allongée, certains cancers, notamment chez les enfants, peuvent être guéris. Mais en matière de prévention, nous ne faisons aucun progrès.

Mais, comment éviter d’avoir un cancer ?

Angelina Jolie a démontré par l’absurde notre impuissance : porteuse d’une anomalie génétique qui augmente le risque du cancer du sein, elle a choisi de pratiquer une double mastectomie[2] puis une ovariectomie -une ablation des seins et des ovaires, rien de moins, pour, espérons-le pour elle, réduire la probabilité que cette maladie ne se déclenche.

Pourquoi sommes-nous incapables d’agir avant le cancer, autrement qu’en nous mutilant ?

Un mystère aussi grand que celui de la vie

Par cancer, nous désignons un grand nombre de maladies très différentes qui n’ont qu’une seule chose en commun : leur principe.

Certains cancers sont très graves, d’autres beaucoup moins, certains agissent très rapidement, d’autres n’ont aucun effet avant des années. Un cancer peut surgir sur n’importe quelle partie de notre corps, littéralement de la tête aux pieds.

Mais tous les cancers ont une similitude :

  • Des cellules du corps se mettent à se diviser de manière anarchique ;
  • elles ne remplissent plus leur fonction centrale ;
  • et perturbent le bon fonctionnement des cellules environnantes.

Comme notre corps contient près de trois cents types de cellules différents, cela fait autant de cancers possibles.

Or le principe de la division cellulaire est la base même de la vie, pour des organismes complexes tels que nous :

  • sans division cellulaire, pas de développement de l’embryon ;
  • pas de spécialisation des cellules ;
  • pas de renouvellement des cellules ;
  • pas de brassage ni de modification de l’ADN, donc pas d’évolution.

Pas de complexité.

Pas de capacité à guérir.

Ni intelligence, ni mémoire.

Si nos cellules ne se divisaient pas, nous serions des protozoaires unicellulaires, ce qui nous simplifierait drôlement l’existence.

Les cellules cancéreuses tentent d’échapper à leur destin

Les cellules cancéreuses détournent le processus de division cellulaire de trois manières :

  • Elles se mettent à se diviser de façon désordonnée.
  • Elles ne terminent pas leur transformation en cellules matures, capables d’accomplir une tâche spécifique. Elles demeurent à l’état de cellule indifférenciée, n’ayant d’autre but que de se multiplier.
  • Elles refusent de mourir, échappant au système immunitaire et ignorant l’ordre qui leur est donné de s’auto-détruire. C’est l’apoptose, le principe de mort programmée qui permet au corps d’éliminer toute cellule défectueuse ou vieillissante.

C’est comme si elles tentaient d’échapper au cycle de la vie et de la mort.

Ces cellules éprises de liberté causent d’infinis désordres.

Comme si dans une classe, des enfants sages, au lieu de prendre place et de sortir leurs cahiers, se mettaient à jeter leurs affaires en l’air, à taper sur la table et à sortir par la fenêtre, tout en se multipliant.

C’est l’anarchie, le chaos. Un chaos contre lequel notre corps ne parvient pas à se défendre dans la plupart des cas.

Le mystère du cancer : une cellule saine qui, soudain, dysfonctionne

On ne sait pas pourquoi une cellule saine devient cancéreuse.

On connaît certains facteurs de risques, plus ou moins décisifs selon les cancers :

  • le tabac
  • les radiations
  • certains produits chimiques
  • des facteurs héréditaires

Mais ce qui modifie activement le comportement de la cellule, on l’ignore.

Dans certains cancers, il y a plus de 500 gènes potentiellement défectueux. Pourquoi un gène s’active, ou se désactive ? Pourquoi une mutation anodine, spontanée, défectueuse, comme il s’en produit sans arrêt, évolue en cancer, alors que toutes les autres sont réglées par l’apoptose ?

On ne sait pas.

Des milliers de chercheurs traquent chacune de ces mutations et tentent d’identifier une cause précise, sur laquelle on pourrait agir. Jusqu’ici en vain, ne serait-ce que pour un seul cancer.

Mais d’autres chercheurs ont choisi une voie complètement différente. Car ils ont réalisé que certains animaux ne souffraient pas du cancer.

Baleine, chauve-souris, éléphants, rats, l’étrange zoo du cancer

Le cancer étant une maladie relative à la transmission génétique, la logique voudrait que tous les animaux, du moins tous les mammifères, présentent les mêmes risques d’évolution cancéreuse.

C’est en grande partie vrai. Votre chat pourrait mourir d’un lymphome félin, qui attaque les globules blancs. Chez les chiens, les cancers les plus fréquents sont ceux du foie et des os. Chez les animaux de compagnie, qui vieillissent en paix dans nos appartements et sont généreusement nourris, le cancer est devenu la première cause de mortalité, comme chez leurs maîtres.

Mais il y a des exceptions. Des animaux qui ne souffrent jamais, ou très rarement, du cancer. Même à des âges avancés.

La baleine boréale est un des plus gros animaux vivants. Certains spécimens peuvent mesurer plus de 20 mètres. C’est aussi un des animaux qui vit le plus longtemps : jusqu’à deux cents ans. Avec autant de cellules, et une aussi longue espérance de vie, la baleine boréale a tout le temps de développer des tas de cancers. Et pourtant non.

Dans le même registre, gros et vieux, l’éléphant ne développe pas de cancers[3].

Des équipes de scientifiques se sont mises à chercher pourquoi certains animaux ne souffrent jamais de cancer. Y a t-il un mécanisme de défense, une forme d’adaptation commune à tous ces animaux, que l’on pourrait transférer à l’homme ?

Pas un mais des mécanismes de défense spécifiques à chaque espèce

Jusqu’ici les résultats sont encourageants, mais impossibles à utiliser.

Oui, on arrive à comprendre pourquoi certains animaux ne souffrent pas de cancer.

Mais non, on n’a pas trouvé le mécanisme imparable qu’on pourrait adapter à l’espèce humaine.

Dans le cas de l’éléphant, les chercheurs ont découvert que cet animal possède 19 variations d’un gène (le TP53[4]) qui, normalement, déclenchent l’élimination des cellules cancéreuses[5]. C’est comme si au lieu d’avoir une seule munition contre la tumeur, comme nous, l’éléphant en avait 19 !

Mais si on considère le rat taupe, sa technique anti-cancer est totalement différente. Il a une structure de cellules particulière, avec une enveloppe extra-cellulaire plus rigide, grâce à une concentration élevée d’acide hyaluronique. Cette matrice permettrait de limiter la croissance de tumeurs.

La baleine boréale quant à elle, exprime plus fréquemment deux gènes[6] connus pour favoriser la réparation de l’ADN lors de mutations défectueuses[7].

Ces trois exemples, pour l’instant les mieux étudiés, indiquent qu’une meilleure résistance au cancer est liée à la capacité à gérer les anomalies cellulaires qui pourraient dégénérer en cancer.

Ces trois espèces ont développé un mécanisme permettant, soit de réduire la survenue des mutations génétiques (baleines), soit de prévenir l’accumulation de ces mutations (éléphants), soit de limiter la croissance cancéreuse (rats taupes).

Mais il est frappant de voir, notamment pour des espèces dont l’espérance de vie est supérieure à la nôtre, que chaque cas est particulier : l’évolution a doté éléphants et baleines de mécanismes de défense génétiques différents. Et ceux-ci sont malheureusement impossibles à transposer chez l’homme, en l’état actuel de nos connaissances.

Et pourquoi n’avons-nous pas notre propre mécanisme de défense ? Apparemment, l’évolution n’a pas jugé qu’il était bénéfique pour l’espèce humaine de mieux résister au cancer.

Mais maintenant que le cancer devient une cause de mortalité majeure, peut-être que ce défaut sera comblé en quelques milliers de générations.

 

Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Si vous fumez, essayez d’arrêter (si ! si ! si !). C’est LE facteur de risque pour tous les cancers. Si vous ne fumez pas dites à quelqu’un de votre entourage qui fume qu’il/elle devrait vraiment arrêter de fumer.

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

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geeraert
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geeraert

Bonjour,pour moi il faut distinguer cellules cancéreuses et tumeurs cancéreuses,si l’être humain ne dispose pas assez de moyens pour empêcher la cancérisation des cellules il est doté d’un système de défense immunitaire très puissant,et c’est la défaillance de ce système qui permet aux cellules cancéreuses de devenir tumeurs cancéreuses;le cancer est donc une maladie du système immunitaire qui n’a pas fait son boulot.OR?à quoi est lié la bonne fonctionnalité de notre système immunitaire?Avant tout à notre état psycho émotionnel,mais à des tas d’autres facteurs:le microbiome intestinal,l’âge,des facteurs infectieux mal gérés,certains traitements médicaux etc.Il est possible aussi que notre sensibilité aux… Lire la suite »

Nathalie
Invité
Nathalie

Super commentaire et très juste merci

Saladin Michèle
Invité
Saladin Michèle

Le systeme immunitaire n’est pas la cause du cancer. C’est la transformation des cellules par le processus de cancerisation qui empêche les cellules immunitaires d’agir et de detruire les cellules tumorales. En effet les cellules tumorales expriment sur leur membrane des recepteurs de « camouflage » qui empêchent les cellules immunitaires d’exprimer un mecanisme de destruction

Lyberty
Invité

Notre mode de vie qui ne suit pas notre rythme biologique et surtout notre alimentation bourrée de produits chimiques de toutes sortes, acidifie notre organisme et le rend vulnérable !!!!!
Ainsi nous contractons certaines pathologies et le médecin termine ce travail avec un traitement médicamenteux avec encore une fois des produits chimiques qui terminent ce travail de déséquilibre de notre organisme et là avec le traitement c’est du long terme. Car le docteur guérit la maladie pour laquelle on vient le consulter mais en provoque d’autres et là c’est une suite interminable de délivrances d’ordonnances.

pascal27
Invité
pascal27

Bonjour Mr Frédéric Forge, gratitudes pour ce billet où vous expliquez bien le cancer dans toute son ampleur et dans ces mécanismes. La comparaison avec le monde animal est génial et corrobore bien avec le commentaire de M Geeraert qui met bien en avant le psychisme et les conduites de vie ainsi que les effets secondaires de la chimie. Je le rejoins sur ces trois points qui ne sont pas de déclics innés chez les animaux, encore que sur le psychisme nous n’avons pas la certitude qu’il soit absent sur les animaux tel l’éléphant ? Je reste néanmoins persuadé que… Lire la suite »

Bozaric
Invité
Bozaric

Félicitations 🎊🎈🎉🍾 très sincères sur votre commentaire si bien argumenté , honnête et ciblé sur le tuer de l’epoque industrielle ! Par rapport la baleine boreale et éléphant , nous pauvres hommo sapiens – sapiens partons contre la guerre d’extermination avec une seule balle dans le canon ! Je le savais depuis longtemps , notre Univers est si PERVERS ! Seulement , voilà , l’animal le plus intelligent 🤓 est condamné à réussir , tôt ou tard , il inventera le « chargeur «  ou encore mieux le bouclier parfait ! C’est l’affaire des décennies qui sont devant nous ! Congratulations… Lire la suite »

Lebrun
Invité
Lebrun

Bravo l intelligence par vos messages permettra d ouvrir un champ de conscience et la masse comprendra l effort à fournir pour vivre en pleine sante

Sílvia
Invité
Sílvia

Je me suis intéressée aux études sur ces animaux , mais quand j’ai fait un click sur « sources », rien n’est apparu.

lisa
Invité
lisa

Félicitations pour ce message clair, bien expliqué, facilement accessible ; seul bémol : il manque la conclusion : comment prévenir ces cancers ? arrêter de fumer certes, mais n’y a-t-il pas autres choses ?

Bien à vous,

Lisa

Jean FETIS
Invité

Bonjour, je pense que parfois une « idée est dans l’air » il y a moins de 48 heures, je me demandais pourquoi l’apoptose ne nous protégeait pas du cancer. Ne pourrait-on pas rendre ce mécanisme plus performant, plus vigilant ?

Daniel-M
Invité
Daniel-M

Ok pour le tabac. Je suis fumeur et dépendant depuis plus de quarante ans, c’est ainsi. Aucun animal ne fume, ceci expliquant peut être cela !? Cela dit, avec les particules de plastic que l’on retrouve dans les océans, les baleines risquent de développer des cancers d’ici peu …

Naleen
Invité
Naleen

Merci pour votre très bel article. Je rebondis sur votre dernière phrase. L’évolution ne nous aurait pas laissé sans solution. Elle est la Vie. N’aurait-elle pas plutôt attendu que nous la trouvions par notre expérience, ce qui serait plus bénéfique justement. Compassion envers soi et amour envers les autres ne serait-ils pas la clef perdue que l’Intelligence de l’Univers cherche à nous faire retrouver pour nous aider à maintenir ou rétablir un état immunitaire performant? Il est connu qu’il y a une médecine pour chaque niveau de conscience. Ce qui fait que le parcours peut parfois être long. Mais avec… Lire la suite »

Bouillard Danielle
Invité

Ce que nous avons nous êtres humains c’est un esprit puissant qui nous permet d avoir du pouvoir sur chacune de nos cellules en ayant des pensées constructives, guerissantes, benissantes
Et nous devons apprendre à utiliser notre esprit et notre cœur sans nous laisser impressionner…

Roz Claude
Invité
Roz Claude

Bonjour, cher concitoyen et voisin Jurassien et Comtois. Pour ce qui est des causes, je pense que nous ne sommes pas au bout des recherches, elles sont multiples. Le tabac, l’alcool, les produits chimiques, la pollution, la nourriture, ..autant de possibilités de contracter un cancer. Pour ma part, je pense avoir fais le maximum pour l’éviter et pourtant, il m’a rattrapé . J’ai 75 ans, je ne fume, ni prend de l’alcool et dans un milieu plutôt saint de la campagne jurassienne. Pas de cas non plus chez mes ancêtres récents et pourtant… Si nous comparons notre milieu avec celui… Lire la suite »

Verdier sylviane
Invité
Verdier sylviane

Passionnant votre lettre merci .SVerdier

Bidault Claire-lise
Invité

Bonjour,
Peut-on considérer que les personnes qui utilisent la cigarette électronique s’exposent aux mêmes effet que ceux qui fument , car dit-on que les vapeurs ou les produits de la cigarette électronique sont dangereux voir cancérigène de par leur substance, mais le sont-ils au même titre que la cigarette ?

Comment évalueriez-vous en correspondance l’un et l’autre ?

Cordialement.

Nathalie
Invité
Nathalie

Merci pour vos lettres, je les lis régulièrement et c vrai qu elles sont simples, agréables à lire et qu on peut y déceler un grand sérieux dans ce que vous dites. Arrêter de fumer , certes, mais tellement compliqué. Merci bcp

Sophie
Invité
Sophie

Bonjour, j’ai lu avec attention votre article et je crois que nous avons un moyen de prévenir les cancers mais que ce moyen a été oublié avec le temps. Il s’agit du jeûne! Dans la nature les animaux passent des périodes pendant l’année où ils ne trouvent pas de nourriture et passent ainsi plusieurs jours sans manger. C’était le cas aussi des humains quand on vivaient dans la nature (avant qu’on se mettent à l’agriculture). Les animaux cessent aussi de manger spontanément lorsqu’ils sont malades. Ce sont des réflexes que nous avons perdus mais qui avaient l’effet de mettre notre… Lire la suite »

Marianne
Invité

Excellent! Tout à fait d’accord! Tout traitement face à une maladie devrait être le jeûne! Et pour rester en bonne santé, sans aller jusqu’au jeûne, éviter de polluer notre corps avec une alimentation inadéquate, malsaine et en trop grande quantité. Manger bio. (Et manger des orties!)

Kathleen Marique
Invité

Bonjour, ce sujet m’intéresse énormément d’autant que je viens d’être personnellement diagnostiquée en tant que malade depuis la semaine dernière, tandis que mon mari est en phase terminale d ‘un cancer du pancreas
Cette situation est pour moi très pénible et me pose la question numéro 1: pourquoi ? Qu est ce qui a dérapé avec notre santé a tous les 2 ?

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