Bébés nés sans bras : l’effet cocktail en cause ?

Bébés nés sans bras : l’effet cocktail en cause ?

Des bébés qui naissent sans bras : une malformation terrible et heureusement rarissime, moins de 2 cas pour 10 000 naissances selon les statistiques.

Sauf que dans l’Ain, 8 enfants ont été touchés en quelques années, dans un périmètre de moins de 1 000 kilomètres carrés (moins d’un cinquième de ce département). Deux autres “agrégats”, l’affreux mot technique que les statisticiens utilisent pour signaler un nombre de cas anormalement élevé dans un territoire donné, ont été observés dans le Morbihan et la Loire-Atlantique.


Pourquoi ? Il y a de fortes chances qu’on ne sache jamais
. Le premier rapport du Comité d’experts scientifiques mandaté par la Direction générale de la santé, publié en juillet, n’est pas parvenu à identifier la moindre cause.

On suspecte l’eau, les produits phytosanitaires agricoles, la pollution industrielle. Et si c’était un peu tout ça en même temps ? Si un seul produit était en cause, si toutes les mères avaient été exposées au même polluant, au même stade de leur grossesse, il serait sans doute possible de l’identifier, malgré le fait que ces naissances aient eu lieu il y a près de 10 ans.


Mais si c’est une combinaison 
ad hoc de polluants, liée au hasard, résultant d’exposition à des moments et dans des lieux différents (à la maison, à l’extérieur des maisons, à la maternité, sur les trajets, etc.), comment parvenir à reconstituer le puzzle ?

Pourtant, la malformation est là, pour toute la vie.

Et si c’était une illustration, terrible mais hélas révélatrice, de l’effet cocktail ? 

Notre cocktail quotidien : plus de 150 000 molécules artificielles en circulation

L’effet cocktail : les scientifiques utilisent cette expression pour décrire le mélange de produits toxiques auxquels nous sommes exposés, dans l’air, dans l’eau ou dans notre alimentation.

  • Les résidus de pesticides, contenus dans une grande majorité des fruits et légumes que nous achetons.
  • Les résidus de médicaments, ceux que nous prenons, ceux qui se retrouvent dans l’eau des rivières et de notre robinet.
  • Les métaux lourds qui parviennent à pénétrer notre organisme, via notre alimentation (poisson par exemple) ou à travers les contenants (canettes en aluminium).
  • Tous les perturbateurs endocriniens (bisphénols et phtalates dans les plastiques, parabènes dans les cosmétiques, dioxines, etc.).

Ces produits toxiques se rencontrent et se mélangent : dans l’eau, dans l’air, mais avant tout, dans notre corps.

Que se passe-t-il lorsque deux molécules artificielles se rencontrent ?

Qu’exigent les autorités sanitaires avant d’autoriser la commercialisation d’une nouvelle molécule ? De prouver qu’elle n’est pas dangereuse – toute seule – pour la santé.

Comment le prouver ? En administrant votre molécule à des souris (rongeur proche de l’Homme d’un point de vue physiologique, peu coûteux et facile à manipuler) pour démontrer que, sous un certain seuil, les souris vivent aussi bien que celles dans la cage d’à côté, qui reçoivent la même alimentation, mais sans la molécule testée.


Le problème : cette nouvelle molécule n’est ni la première, ni la dernière. Des centaines de milliers de molécules artificielles ont été brevetées depuis la naissance de l’industrie chimique. Rien que pour les pesticides, plus de 400 substances actives différentes sont autorisées aujourd’hui en Europe.


Or, une fois lâchée dans votre corps, dans la nature, dans les réseaux d’eaux usées, votre molécule va interagir avec toutes les autres. Que va-t-il se passer ? Mystère.

Voilà la question posée par l’effet cocktail.

Ces molécules interagissent dans notre corps de manière imprévue et incontrôlable

Une étude publiée en 2015 par des chercheurs de l’Inserm et du CNRS de Montpellier a pour la première fois démontré que l’effet cocktail n’était pas une théorie anxiogène d’écolos rétrogrades, mais bel et bien une réalité et une énorme question de santé publique.

L’étude a démontré que deux molécules, une que l’on trouve dans les pilules contraceptives (l’éthinylestradiol) et une autre présente dans un pesticide (le trans-nonachlor) interagissent lorsqu’elles se rencontrent.


Séparément dans notre corps, elles ne font rien. Mais réunies, elles activent un récepteur du corps qui réagit aux substances toxiques (le PXR).


Dans le cas précis de ces deux molécules, l’effet n’aurait pas de conséquence. Mais notre corps est exposé en permanence à l’interaction de milliers de combinaisons de molécules chimiques. Avec, à chaque fois, des effets potentiels inconnus.


Avec quelle conséquence sur notre santé ? Mystère.

La validation scientifique de l’effet cocktail à l’échelle mondiale est déjà en cours 

Cette première démonstration de l’effet cocktail a suscité beaucoup d’autres expérimentations. Et jusqu’à présent, c’est bingo à tous les coups.

En 2017, des chercheurs de l’Inra ont ajouté ensemble dans l’alimentation de souris six pesticides communs (utilisés notamment pour les pommes), à des doses faibles, équivalentes à la dose journalière admissible pour l’Homme.

Résultat : les mâles ont pris du poids et développé du diabète. Chez les femelles, moins affectées, l’activité du microbiote intestinal a été modifiée.


Ce que ça pourrait donner dans le ventre d’une femme enceinte ? Peut-être des malformations, des perturbations hormonales chez le bébé… En fait, on ne sait pas !


Mais alors, faudrait-il tester toutes ces combinaisons pour être sûr d’éviter les plus nocives, en interdisant si besoin les molécules qui ont la capacité d’interagir dangereusement ?

Tester et se protéger de l’effet cocktail ? Ce n’est même plus possible

En théorie oui, mais la réponse des industriels est simple : il y a tellement de produits chimiques différents que tester toutes les combinaisons est impossible.

De plus, chaque produit est présent dans des doses si faibles que ça ne peut pas être bien grave… Et enfin, les conditions en laboratoire sont tellement différentes de la vraie vie que ces tests ne sont pas représentatifs.

La réalité est peut-être plus simple et plus inquiétante : le test en laboratoire, il existe déjà.

Le laboratoire c’est la terre, et la souris, c’est vous.

Quant aux résultats, nous les avons probablement déjà en grande partie : 

  • une étude publiée par l’Observatoire national du cancer montre que, depuis 1990, l’incidence de tous les cancers confondus a augmenté de 45 % chez la femme et de 6 % chez l’homme, abstraction faite de l’augmentation de la population et de son vieillissement ;
  • les maladies auto-immunes (diabète de type 1, maladie de Crohn, sclérose en plaques, lupus, endométriose, etc.) quasiment inconnues il y a 50 ans, touchent aujourd’hui près de 5 millions de personnes en France. Elles sont devenues le troisième groupe de maladies en termes de morbidité et de mortalité dans les pays industrialisés, après les cancers et les maladies cardiovasculaires ;
  • l’âge moyen des premières menstruations des jeunes filles a diminué de plusieurs années depuis un siècle, et cette observation est valable dans toutes les régions du globe.

Pour valider l’hypothèse, émise par certains scientifiques, que ces tendances alarmantes sont les conséquences de l’effet cocktail et d’une perturbation globale de nos mécanismes biologiques sous l’effet de milliers de substances chimiques combinées, il faudrait comparer des populations humaines exposées, et d’autres non exposées.

Encore faut-il trouver des endroits dans le monde où il n’y aurait pas tous ces résidus de pesticides, de perturbateurs endocriniens etc. Devinez quoi ? Ça n’existe plus.

Un sac plastique a été découvert au fond de la fosse Marianne, ce point de l’océan Indien le plus profond du monde (- 10 898 mètres)
. Même Robinson Crusoé a déjà été touché par l’effet cocktail.

On fait quoi en attendant la fin de la gueule de bois ?

Il serait faux de dire qu’il ne se passe rien.

Les molécules identifiées comme les plus problématiques sont interdites. Par exemple, il y avait plus de 1 000 substances actives autorisées pour les pesticides il y a 25 ans en Europe, mais moitié moins aujourd’hui.


Les seuils de tolérance pour les concentrations sont abaissés régulièrement. Les critères d’autorisation de mise sur le marché sont durcis.


Pour autant, le cocktail continue de s’enrichir. Les études démontrant la présence de résidus toxiques dans nos organismes se multiplient. Au hasard : en 2018, une étude anglaise décelait du bisphénol A, un perturbateur endocrinien présent dans les emballages alimentaires, dans les urines de 86 % des adolescents
.

C’est donc pour l’instant le règne du “sauve-qui-peut” et du chacun pour soi. Pour échapper autant que possible à l’effet cocktail, tentez de réduire votre absorption de produits chimiques, dans l’air, dans l’eau, dans ce que vous mangez.


Cette recommandation est particulièrement valable pour les femmes enceintes, période où l’exposition à des produits toxiques engendre des risques accrus pour le foetus.


Prenez particulièrement soin de votre foie, l’organe qui gère et élimine (quand il le peut) les toxines qui parviennent dans votre corps. Je lui consacrerai bientôt une lettre.

 

P.S. La question simple que vous pourriez vous poser aujourd’hui ?

L’eau que vous buvez le plus régulièrement : êtes-vous sûr qu’elle soit propre ?

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Évaluation de l'article

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que Santé Nature Innovation pourra l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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Blaser
1 année il y a

Très intéressant. je fais le même constat. Mais la solution à tous ces problèmes?
Seul un gouvernement mondial, d’origine supra- humaine possède la clé du problème.
Voir Révélation ou Apocalypse dans la Bible: « Le temps pour Dieu est venu de détruire ceux qui détruisent la terre » Nous sommes à la veille de son intervention. Pour plus de renseignements rendez- vous sur JW.ORG.
En effet nous ne sommes que des locataires de la planète pas les propriétaires.
Merci pour toutes vos informations.

Flo
Flo
1 année il y a

Bonjour, lors des échographies ce problème est il détecté ?

Kolli
Kolli
1 année il y a

Bonjour Beaucoup de choses nous sont cachées, en ce qui me concerne, mon petit fils est né dans le Doubs, il y a 17 ans sans viscères c’est à dire pas d’intestin, pas d’anus, pas de canal urinaire. il a été constaté une anomalie à l’échographie du 8ème mois. après de multiples interventions, une vie de galères pour lui et les parents durant une douzaine d’années, que ce soit à l’école, à l’hôpital ou la sécu… Aujourd’hui c’est un beau jeune homme, et je pense que c’est tout ce que nous avons mis en parallèle qui a beaucoup aidé :… Lire la suite »

VIGNY
VIGNY
1 année il y a

Juste vous féliciter pour la pertinence ,la clarté et « l’intelligence » de vos articles . Pour ce dernier, c’est ,si je puis dire , sans commentaire ,hélas .

Alain MICHEL
1 année il y a

Il semble que le produit responsable des phocomélies (absence de membre(s) soit identifié. Il s’agit d’un produit phyto-saniataire utilisé dans les zones concernées par les malformations. Ce produit vise à éviter la contamination des céréales par des moisissures. Sa composition chimique est proche de celle de la Thalidomide, tristement célèbre. Ce médicament contre les nausées a été prescrit aux femmes enceintes en Allemagne, Belgique, France … dans les années 50 avant d’être interdit en raisons des nombreuses malformations qu’il a provoqué (parfois absence des 4 membres). L’ « affaire SOFTENON », le nom commercial de la Thalidomide, se réfère à un procès… Lire la suite »

OLiete Marie-Hélène
OLiete Marie-Hélène
1 année il y a

Ça fiche le moral en l’air,mais c,est bien d’informer croyez-vous à une solution mondiale.?

Jurbert
Jurbert
1 année il y a

Bien sur, bien sur, l’effet cocktail ! Explication trop facile. Mais dans ce cas, pourquoi cet effet ne se serait-il manifesté que dans 3 départements et dans une durée réduite ? Il y a peut-être une autre explication, mathématique : intuitivement, on voudrait croire, selon la loi des grands nombres, que les cas anormaux soit uniformément répartis à peu de chose près dans l’espace et dans le temps. Or, le hasard ne s’arrange pas pour répondre à notre intuition, qui est fausse ! J’en veux pour exemple les résultats de tirage du loto : certains numéros sont sortis plus souvent… Lire la suite »

spiderwoman
1 année il y a

Bonjour, Tout d’abord merci pour votre information bien détaillée, il est vrai qu’à ce jour la pollution existe à tous les niveaux ! A votre question êtes vous sûre de l’eau que vous buvez ? je pense que non aussi bien pour l’eau en bouteilles plastique avec les nano-particules et l’eau du robinet que l’on peut largement améliorer ! j’ai découvert un filtre très écologique avec de la vitalisation de l’eau, prix très raisonnable , j’aime partager mes découvertes alors je vous donne le site : helleau.fr Il est capital de bien s’alimenter avec des produits faits maison et le… Lire la suite »

Daniel-M
Daniel-M
1 année il y a

Il y a un peu plus d’un siècle, l’industrie a fabriqué une bombe à retardement qui nous pète à la gueule aujourd’hui ! Il n’y rien d’autre à faire aujourd’hui que d’essayer de limiter les dégâts pour les générations futures.

ConnessonTagger
ConnessonTagger
1 année il y a

Excellente analyse d une problématique…insoluble au point où on en est !!! Juste une remarque au sujet de l augmentation pharamineuse des maladies auto immunes ( des diabètes insulinodependants chez des enfants d un an ou deux,du jamais vu !). Il me semble qu une des pollutions,et non des moindres ,est la vaccination systématique des enfants à un âge où le système immunitaire est immature d une part , et de l autre, sans qu il soit tenu compte des antécédents familiaux ( sans parler d un typage HLA qui nous donnerait les potentialites pathologiques éventuelles ,évidemment idéal mais un… Lire la suite »

MARIE Odile
1 année il y a

Bonjour, je lis os articles avec beaucoup d’intérêt et souhaiterais les partager sur ma page Fb mais je ne trouve pas le lien…

Laura Kwan
Éditeur
1 année il y a
Reply to  MARIE Odile

Bonjour Odile
Merci beaucoup pour votre intérêt, pour partager cet article il vous suffit de cliquer sur la petite icône Facebook située au bas de l’article, entre les sources et les commentaires, aux côtés des icônes des autres réseaux sociaux.
Très cordialement

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