Nausee, vomissements, mal de mer : comment faire sans s'empoisonner

Nausées, vomissements, mal de mer : histoire banale d’un père empoisonneur qui croyait bien faire

Gingembre en tranche et en poudre, bon remède pour la nausée

Ce père empoisonneur c’est moi.

Et j’espère que ce n’est pas vous.

L’été dernier nous avons pris le bateau pour aller en Corse. Ça pourrait vous arriver, n’est-ce pas ?

À l’aller nous ne nous sommes pas méfiés : nous avons attendu d’être sur le ferry  pour dîner, nous n’avons rien pris contre le mal de mer… Et patatras, ma fille a rapidement eu la nausée. Elle a passé une très mauvaise première partie de nuit, avant de finalement réussir à s’endormir.

Ça ne fait pas de moi un mauvais père, jusque-là ?

Au retour on a pris nos précautions. Je suis allé voir un pharmacien, qui m’a donné un médicament contre la nausée. Ma fille a tenu à le prendre avant même d’être sur le bateau et la traversée s’est plutôt bien passée. Elle ne s’est pas sentie très bien, mais elle n’a pas vomi. Grâce au médicament ? Pas sûr, peut-être aussi parce qu’elle avait bien bu et bien mangé avant d’embarquer, et qu’elle s’est mieux couverte.

Alors, où est le problème ?

Ce médicament banal était dangereux pour elle 

Ce médicament, un anti-émétique en vente libre en pharmacie, était du Vogalib. Or, la Haute autorité de la santé vient de publier un avis officiel déconseillant l’utilisation de 3 molécules : la dompéridone, le métoclopramide et la métopimazine, substances actives de nombreux médicaments contre la nausée (Motilium, Oroperidys, Primperan, Vogalène, Vogalib, etc.)[1].

Des produits banaux, en accès libre ou prescrits tous les jours pour :

  • réduire les symptômes d’une gastro ;
  • réduire les nausées et les vomissements ;
  • lutter contre les effets secondaires d’autres médicaments.

La HAS précise en toutes lettres, pour les enfants et les personnes âgées :

  • Chez le sujet âgé, leur utilisation est à éviter” ;
  • Chez l’enfant, la dompéridone et le métoclopramide ne doivent pas être utilisés et la métopimazine est à éviter”.

Des médicaments que j’avais donnés à ma fille.

Des médicaments que vos parents prennent peut-être pour réduire les effets secondaires de certains de leurs traitements

Et que j’aurais pus prendre moi-même lors de ma prochaine gastro.

Les antinauséeux : peu efficaces mais forts en effets secondaires

Ces médicaments sont des neuroleptiques, et comme tous les neuroleptiques ils ont des effets secondaires graves :

  • ils peuvent déclencher des dérèglements du rythme cardiaque, pouvant aller jusqu’à la mort subite cardiaque (un arrêt subit du coeur) ;
  • ils sont aussi susceptibles de provoquer des troubles neurologiques sévères.

Dès 2014, plusieurs autorités de santé avaient publié des mises en garde concernant la dompéridone : Swissmedic faisait état d’une suspicion de mort subite, de même que l’agence européenne EMA (European Medecines Agency) et l’agence canadienne. À noter qu’aux États-Unis, la FDA n’a jamais autorisé leur mise sur le marché, notamment à cause de leur absence d’efficacité.

Car le pire, c’est qu’ils ne sont pas efficaces. Comme le dit pudiquement la HAS : “le rapport efficacité/effets indésirables est mal établi”.

S’agissant de la molécule la plus répandue, la HAS note que l’efficacité de la dompéridone n’est pas établie chez l’enfant et l’est mal chez l’adulte à la dose recommandée.

On se demande vraiment pourquoi on les a autorisé à la vente pour commencer.

Résultat : ces médicaments ne sont recommandés que lorsque les vomissements pourraient entraîner à court terme des complications graves ou très gênantes, et encore, seulement en seconde intention. Concrètement, l’usage de ces médicaments est réservé à des traitements lourds, comme la chimiothérapie, lorsque les nausées et les vomissements sont sévères, et seulement si un autre traitement a échoué.

Mais alors, je fais quoi pour ma fille qui a la nausée ?

Une autre catégorie de médicaments est fréquemment utilisée pour lutter contre le mal de mer ou la nausée : les antihistaminiques. Ces médicaments sont initialement destinés au traitement des allergies. Ils bloquent l’action de l’histamine, une molécule fabriquée par certaines cellules immunitaires en cas d’allergie.

Bien que ce ne soit pas leur vocation, les laboratoires n’hésitent pas à les commercialiser explicitement pour le mal de mer, comme leur nom l’indique : Nausicalm, Mercalm, Nautamine.

Mais leurs effets secondaires n’en sont pas moins prometteurs : risque de somnolence, sécheresse buccale, constipation, glaucome. Si bien qu’en 2016, l’Agence nationale de santé et du médicament (ANSM) a supprimé leur vente libre[2], car ils pouvaient entraîner une dépendance ou, en cas de surdosage, des convulsions, hallucinations, troubles du rythme cardiaque et insuffisances respiratoires.

Je respecte mon corps… et je demande aux grands-mères

La nausée et le vomissement sont des réactions normales du corps, qui, si elles sont désagréables, ont leur propre vertu thérapeutique.

C’est une action protectrice de l’organisme qui a pour but de protéger ce dernier contre l’ingestion de substances toxiques[3].a

Ne donnez pas du travail supplémentaire à votre corps en luttant contre ses mécanismes naturels de défense. Vous risquez de réduire les symptômes, mais en prolongeant la maladie. En empêchant les vomissements ou en réduisant les diarrhées, vous favorisez aussi la stagnation des microbes dans le tube digestif.

La gastro ne se soigne pas, elle s’accompagne

Dans le cas de la gastro en particulier, il n’existe à ce jour aucun remède efficace.

Le principal risque, c’est la déshydratation, notamment chez les enfants. Il faut boire, beaucoup, de l’eau et pas du Coca. Il faut aussi essayer de manger, en privilégiant des aliments riches en amidon ou en pectine et pauvres en fibres. Le riz, le coing, les pommes, les bananes et les carottes vous aideront. Le sel freine également la déshydratation en retenant l’eau.

Des remèdes naturels, plus efficaces que les médicaments, et sans effets secondaires

Contre les nausées et les envies de vomir, le gingembre a fait preuve de son efficacité. Il agit sur les parois de l’estomac pour réduire ces mouvements. Vous pouvez le prendre sous forme de gélules de poudre, ou sous forme d’extrait sec, plus concentré.

Deux huiles essentielles sont recommandées : le citron et la menthe poivrée.

Vous pouvez verser une à deux gouttes sur un mouchoir, ou ingérer une goutte en la diluant dans l’eau ou en la posant sur un sucre.

Pour en revenir au cas particulier du mal de mer, avant même d’utiliser ces plantes, la première des précautions est de bien se couvrir, de ne pas avoir le ventre vide et de bien boire. Sortez au grand air, de préférence au centre du bateau ou sur le pont le plus bas, en regardant loin, droit devant soi.

Au fait, ma fille, comment va t-elle depuis la Corse ?

C’est gentil de demander : elle va bien, merci.

 

Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Faites le tour de votre pharmacie et jetez tous les médicaments périmés, ça réduira les tentations.

La question que vous pourriez vous poser aujourd’hui ?

Ai-je confiance en mon corps ?

 

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que Santé Nature Innovation pourra l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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