Lentilles canadiennes : pesticides interdits dans nos assiettes

Le scandale des lentilles canadiennes

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Mes grands-parents cultivaient leur potager. Ils ont toujours vécu avec des poules, des canards, des lapins, et ce qu’ils n’avaient pas, ils se le procuraient dans les fermes voisines.

Mon grand-père me disait souvent : « Pourquoi aller chercher au bout du monde ce qu’on a ici ? Je sais comment la terre a été cultivée, je connais les agriculteurs du coin, je sais ce que je mange ! »

Aujourd’hui, notre nourriture a trop souvent parcouru des milliers de kilomètres avant de finir dans nos assiettes.

Et le pire, c’est que cela ne concerne pas que les aliments exotiques, introuvables dans nos régions, notre nourriture la plus basique vient aussi parfois de très loin !

Cela mène à des situations ubuesques.

C’est le cas pour les lentilles… et je vais vous expliquer pourquoi c’est un véritable scandale.

Un grenier bien rempli

L’émission Sur le front, présentée par Hugo Clément, a récemment consacré un épisode aux lentilles canadiennes.

Ce que nous apprend cette enquête est tout bonnement ahurissant !

La partie la plus sympathique de cette émission est la découverte d’une jolie province : la Saskatchewan qui, avec l’Alberta et le Manitoba, compose une vaste région de prairies canadiennes.

Près de 10 % de ce territoire aux hivers rigoureux est constitué d’eau douce, avec bon nombre de rivières et de lacs.

Les paysages sont immenses, quadrillés de routes rectilignes, couverts de cultures à perte de vue : blé, orge, avoine, moutarde… et lentilles.

Avec près de 19 millions d’hectares de terres cultivées, cette région fait office de grenier alimentaire du pays.

C’est ainsi que le Canada est devenu le premier producteur et exportateur de lentilles dans le monde[1].

La France n’échappe pas aux lentilles canadiennes : il vous suffit de bien regarder les étiquettes pour constater que votre supermarché en propose des rayons entiers.

Nous produisons pourtant d’excellentes lentilles chez nous, alors pourquoi les faire venir de si loin ?

C’est un premier problème mais figurez-vous que ce n’est pas le plus fou…

Car ce que la majorité des consommateurs ignorent, c’est que derrière la production spectaculaire de lentilles canadiennes se cache une pratique agricole tout simplement interdite en France !

Un scandale qui devrait faire plus de bruit !

Les agriculteurs français dénoncent une concurrence déloyale de leurs homologues canadiens. Et ils ont bien raison.

En effet, ces derniers utilisent des pesticides strictement interdits dans l’Union européenne, qui finissent tranquillement dans nos assiettes, ni vu, ni connu.

Au mois de novembre, deux rappels de produits ont concerné des lentilles noires béluga canadiennes : une première fois pour la marque Tersol, une seconde pour la marque Videlys.

Motif : dépassement des limites maximales autorisées de pesticides[2].

Dans son émission, Hugo Clément demande aux agriculteurs quel produit ils utilisent.

La réponse est claire : « Ça, c’est du Réglon. »

Le principe actif du Réglon est le diquat. Or le diquat est interdit dans toute l’Union européenne depuis 2019 en raison des risques avérés qu’il présente pour la santé[3].

À quoi bon interdire aux agriculteurs européens une substance qui finira malgré tout dans les assiettes des consommateurs ?

La question me semble tellement absurde que le simple fait de la poser me rend perplexe…

Nous ne sommes plus à une aberration près concernant les règles du libre-échange, mais le manque d’information pour les consommateurs est absolument révoltant.

Qui avait connaissance de la contamination des lentilles canadiennes avant le reportage d’Hugo Clément ?

Pas moi.

Et vous ?

Comment est-ce possible ?

En 2012, dans le cadre des négociations du traité de libre-échange CETA, les producteurs de lentilles canadiens, soutenus par la firme Bayer Monsanto, ont exercé un intense lobbying[4],[5].

Et leurs efforts ont payé, puisque les taux limites de résidus (les LMR, « limite maximale en résidus ») pour les lentilles ont été multipliées par 100, passant de 0,1 ppm à 10 ppm !

Et voilà comment il est maintenant possible d’exporter ces lentilles contaminées à haute doses en toute impunité.

Une décision lourde de conséquences, surtout pour les consommateurs…

Il faut savoir que produire des lentilles au Canada, compte tenu des conditions climatiques, n’est pas aussi simple qu’en France.

En France, les lentilles mûrissent naturellement.

La chaleur estivale dessèche progressivement les plants.

Lorsqu’ils sont fanés, la récolte peut commencer.

Au Canada, la situation est différente car le climat est plus froid, plus humide.

Conséquences : les plants de lentilles ne se dessèchent pas spontanément. Tant qu’ils restent vivants, la récolte est impossible.

C’est pourquoi il a été décidé d’appliquer une solution pour le moins radicale : tuer chimiquement les plants juste avant la récolte.

Quelques jours avant de ramasser les lentilles, les champs sont donc aspergés d’herbicides puissants.

Les plants meurent instantanément. Et les lentilles, elles, absorbent ces substances.

Et vous voulez connaître le comble du comble ? Des pesticides interdits en Europe sont fabriqués en Europe, exportés vers le Canada, épandus sur des cultures, puis réimportés dans nos assiettes.

Une boucle parfaitement cynique.

Dernier point scandaleux : ces produits entrent aujourd’hui sur le marché européen sans droits de douane, concurrençant directement des productions locales soumises à des règles bien plus strictes.

Voilà comment on en arrive à manger des lentilles venues du bout du monde, traitées au glyphosate ou au diquat, des substances interdites en Europe, mais tolérées sous forme de résidus.

Que faire face à cette machine infernale ?

La question n’est pas seulement agricole, elle est aussi politique et démocratique.

Qui décide de ce que nous mangeons ?

Sur la base de quelles données ?

Au profit de quels intérêts ?

Manger sainement ne devrait pas être un acte militant, mais se nourrir ne devrait jamais être un risque calculé.

De fait, nous devrions exiger :

  • Une interdiction d’importation des produits traités avec des pesticides interdits en Europe.
  • Une information claire et lisible sur les pratiques agricoles.
  • Des normes sanitaires basées sur des études indépendantes.
  • Une cohérence entre discours écologiques et politiques commerciales.

A minima, nous pouvons tous prendre le temps de lire les étiquettes et ainsi privilégier l’origine locale quand c’est possible.

Payer quelques centimes de plus est un gage pour notre santé et un acte de résistance qui me semble nécessaire.

Saviez-vous que les supermarchés nous vendaient en toute impunité des aliments contaminés ?

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Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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PASCAL CROCHET
PASCAL CROCHET
21 heures il y a

scandaleux. On laisse faire ceci.

Monique
Monique
21 heures il y a

Il faut vraiment faire attention à tout ce que nous achetons et surtout acheter français au maximum. Les lentilles Du Puy AOP sont très bonnes et françaises ! Bien sûr si on a les moyens on peut aussi les acheter bio car c’est un produit qui est tout à fait abordable même en bio.

Lefebvre
Lefebvre
21 heures il y a

Avant l’émission je ne savais pas et j’avoue que c’est le cas de pleins d’autres produits. En effet ça devrait être plus clair pour le consommateur. Maintenant je fais attention de la provenance quand j’achète des lentilles mais le reste…

Moisand
Moisand
21 heures il y a

Oui ,je regarde toujours les provenances et me fournis en biocoop ou circuits courts ,mais ça n’est pas difficile pour moi compte tenu de mon environnement mais je dois quand même conduire …je ferai comment si je ne conduis plus ?

Marie
Marie
20 heures il y a

Je suis Canadienne, et je vous encourage à vous procurer des lentilles saines. Au Canada, nous n’avons pas le choix, mais j’espère de tout coeur que, dans votre cas, vous trouverez une solution en les cultivant vous-mêmes ou du moins en les faisant venir d’un pays voisin.

LOUIS JEAN SYLVOS
20 heures il y a

J’avais déjà connaissance de cette duperie pour les lentilles, il est bien que vous le rappeliez. Mais sachez qu’il en est de même sur tous les produits agricoles extra européens ! Parole d’agriculteur retraité.

Sinot
Sinot
20 heures il y a

Bonsoir Monsieur, j’achète mes lentilles chez leclerc et ce sont des bio lentilles vertes bio variété Alicia Bourgogne équitable en France Ab. J’essaie toujours d’acheter Français et bio. BIen amicalement.BONNE

jean-pierre Boulon
20 heures il y a

une question juridique me vient à l’esprit: un distributeur peut il commercialiser un produit contenant des produits interdit en France ou en Europe? si oui où trouver le texte législatif?
comment ce fait il que les producteurs français plus largement les producteurs européens n’ont pas alerté sur un sujet qui les impacte aussi fortement?
Pour ma part je lis toute les étiquettes et je l’avais constaté mais je n’avais aucune idée desmodes de culture!!!j’imagine qu’il en va de même avec toutes les légumineuses

jp

Hermann
Hermann
20 heures il y a

Bonsoir, merci pour vos textes toujours super intéressants. En l’occurrence cette fois ci, non, je ne savais pas à propos des lentilles canadiennes… J’habite dans le Berry, célèbre pour ses lentilles, entre autres. Et je vais m’y tenir. Encore merci. Cordialement. MH …

Dubuc Martine
Dubuc Martine
19 heures il y a

Sur les lentilles dans les boîtes conditionnées par la marque Carrefour, il n’est pas indiqué l’endroit où sont cultivées ces lentilles

Sissi
Sissi
19 heures il y a

J’étais au courant grâce à l’alerte de Hugo Clément. Je fais attention maintenant mais hélas, c’est une goutte dans l’océan de toutes les cochonneries qu’on nous vend. C’est même le cas dans les magasins bio qui continuent à vendre des produits à la farine blanche raffinée et dés céréales du petit-déjeuner qui sont tout sauf sains !

@RésistantNorman
@RésistantNorman
17 heures il y a

Bien sûr, qui peut l’ignorer ? Je ne connaissais pas ce cas précis des lentilles, mais les viandes aux hormones de croissance des USA, les poulets aux antibiotiques ukrainiens, les cultures avec des pesticides interdits en France… Il faut ne pas vouloir voir la distortion entre les beaux discours sur les valeurs et l’écologie et les actes concrets de cette Union Européenne à laquelle nos politiques ont abandonné notre souveraineté dans des domaines de plus en plus nombreux.
Tant que nous resterons dans ce ”machin”, cela sera de pire en pire jusqu’à son effondrement.

Nathalie
Nathalie
16 heures il y a

Je suis éffarée. Je veux continuer à être informée et manger français.

Righ
Righ
16 heures il y a

Je n’étais pas au courant de cette information.
Le problème en France, est qu’une partie de la population veut toujours du moins cher. Et ce n’est pas toujours une question de moyens.

Saint marc
13 heures il y a

Non je ne le savais pas! Je l’ai appris avec Hugo Clément!!C’est totalement dingue! En tout cas je partage l ‘info!!

Claude
Claude
13 heures il y a

Pour les lentilles canadiennes, oui, je regarde »Sur le Front » moi aussi… mais je ne mange que du bio, et il se trouve que nous avons un producteur de lentilles et autres légumineuses dans la région (Charente) qui livre les magasins bio.Et aussi la lentille du Puy, quand même, c’est pas rien!!! Le consommateur est responsable de ce qu’il achète et mange, donc, au lieu de faire semblant de découvrir qu’on le trompe, et de se poser encore en victime en râlant, on boycotte ces produits! Les associations de consommateurs pourraient monter en 1ere ligne et organiser un boycott général des… Lire la suite »

Kerne
Kerne
13 heures il y a

Manger français, de saison, local autant que possible… est un principe que j’applique le plus possible.

Jpsop31
Jpsop31
8 heures il y a

Bonjour
Je connaissais cette façon d’utiliser du glyphosate sur les lentilles pour accélérer la maturation, mais il en est de même sur le blé dur pour faire les pâtes.
Le Canada est le plus gros producteur de blé dur et ils inondent le marché mondial.
C’est pour cette raison qu’il faut consommer des pâtes françaises pour être sûr de ne pas se retrouver avec du glyphosate.
Cette technique s’appelle la dessiccation chimique, vous cherchez sur internet et vous verrez que les États Unis utilisent cette méthode aussi.
Mangeons français !!!!

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