L’arnaque silencieuse des huiles raffinées - Nouvelle Page Santé

L’arnaque silencieuse des huiles raffinées

Dans une précédente lettre, je vous ai parlé de l’hexane.

Je vous expliquais comment ce dérivé du pétrole, utilisé pour extraire l’huile des graines, contamine notre alimentation.

Ce n’était que la partie émergée de l’iceberg.

Une fois l’huile extraite, elle est loin d’être prête à la consommation. Elle doit encore subir ce que l’industrie appelle pudiquement le « raffinage ».

Un mot rassurant, presque chic. La réalité est tout autre.

Le grand lessivage

Le problème avec l’extraction à l’hexane, c’est qu’elle laisse une huile immangeable en l’état. Une odeur âcre, un goût rebutant, une couleur marronnasse. Personne n’en voudrait.

Pour la rendre présentable, l’industrie lui fait subir un vrai parcours du combattant. Du bain d’acide phosphorique au lavage à la soude caustique, du blanchiment à la désodorisation à très haute température, rien ne lui est épargné.

Selon Greenpeace, 90 % des huiles de consommation fabriquées en France passent par ce traitement[1].

Vous avez bien lu : neuf bouteilles sur dix.

Raffinée ? Plutôt dépouillée

Ce processus ne se contente pas de « nettoyer » l’huile. Il la dépouille de ce qu’elle avait de précieux.

Prenez la vitamine E. Dans une huile vierge, elle protège à la fois vos cellules du vieillissement et l’huile elle-même de l’oxydation. Après traitement ? Jusqu’à 80 % ont disparu[2].

Les phytostérols, ces composés qui aident à réguler le cholestérol ? En chute libre.

Les polyphénols anti-inflammatoires ? Balayés.

Il ne reste plus qu’un produit « mort » que les industriels tentent de « réanimer » à coups d’injections de vitamine de synthèse, d’antioxydants chimiques (BHA, BHT), parfois même de colorants.

Le tout sans obligation de le mentionner sur l’étiquette. Élégant, non ?

Bienvenue dans le monde des produits ultra-transformés, version huile végétale.

Des omégas en trompe-l’œil

Les omégas, c’est l’argument roi des services marketing. Celui qu’on affiche en gros sur l’étiquette.

Techniquement, ils sont présents, oui. Sauf que dans une huile végétale raffinée, ils sont livrés à eux-mêmes. Sans leurs polyphénols protecteurs, ils s’oxydent à vitesse grand V.

Résultat ? L’huile oxydée ne travaille plus pour vous, mais contre vous. Au lieu de vous protéger, elle nourrit l’inflammation.

Sur le papier, la promesse reste la même. Dans la bouteille, c’est une autre histoire.

Des invités indésirables

Le problème ne s’arrête pas à ce qu’on perd. Car le raffinage génère également ses propres fantômes.

Reprenons notre huile industrielle. À haute température, certains acides gras polyinsaturés mutent en graisses trans, celles-là mêmes qu’on associe aux maladies cardiovasculaires.

La chaleur fait aussi émerger des esters de 3-MCPD et glycidyliques[3].

Derrière ces termes techniques se cache une toxicité bien réelle et documentée. Plusieurs études ont mis en lumière leurs effets cancérigènes et génotoxiques.

En clair, ces substances peuvent altérer notre ADN. [4]

Une contamination en cascade

Face à ces constats alarmants, le consensus scientifique est clair. L’action, elle, reste timide.

Dès 2000, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) inscrit ces deux esters parmi les cancérogènes « suspectés ».

Suspectés seulement, car faute d’essais sur l’humain, éthiquement impensables, il est impossible de les déclarer cancérigènes.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) confirme, à son tour, ces inquiétudes, soulignant non seulement des atteintes rénales graves, mais aussi des conséquences délétères sur la fertilité masculine.

Des doses journalières tolérables sont fixées… mais pour chaque contaminant pris isolément.

Une fois de plus, la réglementation se révèle déconnectée de la réalité de nos assiettes. Elle ignore l’effet cocktail.

Or, au quotidien, les 3-MCPD et autres esters glycidyliques ne se concertent pas pour respecter leurs quotas ! Ils se cumulent et explosent les seuils « jugés » sûrs.

Pire encore ! Ces indésirables ne restent pas sagement confinés dans la bouteille. Biscuits, plats préparés, sauces, chocolat, céréales[5]… Partout où il a de l’huile transformée, ils suivent, accompagnés des résidus d’hexane[6].

Autre point noir, et pas des moindres, pour les huiles conditionnées en bouteille plastique : l’huile attire tout ce que ce matériau relâche, donc les perturbateurs endocriniens, les micro- et les nanoplastiques. Le combo parfait !

Une fois ingérés, ils traversent la barrière intestinale et se retrouvent dans le sang, le cerveau, les organes reproducteurs.

Des alternatives existent

Tout n’est pas perdu, d’autres voies existent. La mention « vierge » garantit une huile obtenue par des procédés mécaniques. C’est déjà un bon début.

Mais pour profiter pleinement de la qualité nutritionnelle d’une huile végétale, le Graal reste l’huile « vierge de première pression à froid », issue des graines cultivées biologiquement.

Ici, pas de solvant, pas de chaleur excessive, pas de chimie intrusive. Les graines sont pressées lentement, le jus décante, puis est filtré sur papier buvard avant d’être conditionné en bouteille de verre teinté, protecteur des précieux composés.

Attention toutefois aux étiquettes : la mention « première pression » seule ne suffit pas. Elle ne garantit en rien l’absence de raffinage.

L’indication « à froid » est impérative. Sans elle, la promesse d’une huile intacte n’est qu’un mirage marketing.

Les règles d’or pour préserver vos huiles

Une huile vierge de première pression à froid, c’est un corps vivant. Fragile, précieux. Rien à voir avec une huile industrielle, figée dans sa neutralité.

L’oxygène, la chaleur et la lumière sont ses ennemis. Ces trois agresseurs dégradent ses omégas et la font rancir en silence.

Je ne peux que vous conseiller de ranger vos flacons à l’abri, dans un placard frais, loin des fenêtres et des sources de chaleur. Les plus fragiles, comme celles de noix, chanvre, cameline et lin, réclament carrément le réfrigérateur.

Un autre conseil : vérifiez la date. Celle de péremption, bien sûr, mais aussi celle d’ouverture. Une huile vierge se conserve 9 à 12 mois après ouverture. Passé ce délai, elle perd ses atouts nutritionnels, même si elle semble encore bonne.

L’étiquette est votre boussole. Lisez-la, suivez-la.

Enfin, même avec une bonne huile, tout peut basculer à la cuisson. C’est une histoire de point de fumée.

Si elle fume dans la poêle, c’est qu’elle brûle. Les acides gras se dégradent, des composés toxiques apparaissent (aldéhydes, acroléine). Direction la poubelle, sans hésiter.

Mon trio gagnant en cuisine

Chez moi, la règle est simple : trois huiles, pas plus. Au-delà, c’est la cacophonie… et le risque de gaspillage.

  • La base : l’huile de colza bio, première pression à froid. Riche en oméga 3, elle rééquilibre notre alimentation moderne trop chargée en oméga 6. Je l’utilise crue, en vinaigrette ou sur des légumes encore tièdes.
  • Pour les cuissons : j’alterne entre l’huile d’olive vierge extra et le ghee (beurre clarifié), parfait pour cuire les aliments. Pour ceux qui préfèrent une huile neutre en goût, les huiles bio traitées à la vapeur d’eau (tournesol oléique, colza) restent une bonne option. Ce procédé évite les contaminants.
  • La touche finale : une troisième huile choisie selon l’envie du moment (noix, sésame ou lin), toujours en petit format. Ces huiles sont fragiles et s’oxydent vite.

Stop à l’imposture !

Devant un tel bilan, la vérité s’impose. Ce n’est plus une simple question d’additifs ou de résidus, c’est une contamination systémique.

L’huile raffinée, censée être un produit de consommation courante, se révèle être un cheval de Troie chimique dans nos cuisines.

Arrêtons de nous voiler la face. Les industriels ne changeront pas leurs méthodes tant que leurs bouteilles se vendront, et tant que la loi ne les y obligera pas.

Et cette loi, ne rêvons pas, elle n’est pas pour demain.

Notre seul levier aujourd’hui, ce sont nos choix.

Devant un produit dévitalisé et contaminé, l’alternative est claire : refuser les filières opaques qui nous empoisonnent et soutenir celles qui nous nourrissent.

Certes, une huile labellisée « première pression à froid » a un prix. Mais payer moins pour un vide nutritif truffé de résidus toxiques, ce n’est pas une économie, c’est un marché de dupes.

Maintenant que vous savez ce que contiennent ces bouteilles, la question reste ouverte : êtes-vous prêt à faire le tri dans vos placards ?

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Sources :

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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