Géophagie : manger de l’argile ? Moins fou qu’il n’y paraît !

Géophagie : manger de l’argile ? Moins fou qu’il n’y paraît !

Argile rouge, verte et blanche

Manger de la terre ? Qui ferait ça ? Un enfant qui porte n’importe quoi à sa bouche ? Des victimes d’une terrible famine ? Des fous ?

Pourtant, la géophagie, le fait de manger de la terre, que ce soit pour se nourrir ou pour se soigner, est une pratique ancestrale, existant encore dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique et en Amérique du Sud.

Si vous connaissez des gens qui ont cette habitude, ou si vous êtes tenté de temps en temps par une boulette de terre du jardin, faut-il vous alarmer ?

Et s’il y avait une logique, et des bénéfices à un comportement qui nous semble digne de sauvages ?

Une maladie mentale ou une forme de phytothérapie ?

De nos jours, et dans nos sociétés occidentales, la géophagie est assimilée à un “pica” : un trouble alimentaire qui consiste à avaler régulièrement des matières non comestibles (terre, craie, sable, papier, cendre de cigarette…)[1].

Au même titre que la pagophagie, ce  besoin irrésistible de croquer ou d’avaler des glaçons, du givre, ou des produits surgelés – sans les dégeler – elle est officiellement rangée dans le domaine des troubles mentaux.

Des exemples dans le monde animal, qui sont loin d’être signe de folie

Pourtant, dans le monde animal, on peut observer de nombreux exemples de géophagie. La primatologue Jane Goodall décrit des chimpanzés – auprès desquels elle vivait dans les montagnes tanzaniennes – manger des morceaux de terre de termitières quotidiennement.

Pourquoi font-ils cela ? Parce que la terre des termitières est riche en kaolinite, un des principaux remèdes contre la diarrhée, présent dans de nombreux médicaments  (Smecta, Neutrose, Gastropax, etc.).

Certaines populations d’oiseaux, comme les perroquets aras, prélèvent de l’argile sur le banc des rivières lorsqu’ils mangent des fruits toxiques, ou encore verts. L’argile absorbe les toxines du fruit, et leur permet donc de manger ces fruits sans s’empoisonner, notamment en période de disette.

Ces comportements ne sont donc pas dénués de logique. Comme toujours, les animaux identifient dans leur environnement ce qui leur permet de se soigner.

Des pratiques humaines qui mélangent soin et croyances

En Europe, les dernières pratiques géophages socialement acceptées semblent avoir disparu au cours du XIXème siècle. En Scandinavie, il n’était pas rare de mélanger un peu de terre à de la farine, soit en cas de mauvaise récoltes, soit pour modifier le goût du pain.

De nos jours, on peut encore trouver à Haïti des « bonbons de terre », mélange d’argile, de sel, de matière grasse végétale et d’eau. Cette pâte est découpée en rondelles, séchée au soleil, et mangée comme un biscuit.

Mais ce sont principalement les femmes enceintes qui font perdurer ces comportements. En Afrique de l’Ouest, la terre, parfois complétée par des fragments de charbon de bois, est utilisée par les futures mamans pour lutter contre les nausées, et aussi comme un fortifiant.

Des représentations religieuses ou magiques, liées à la puissance spirituelle de la Terre, sont associées à ces pratiques. L’ingestion de la terre est aussi symbolique.

Aujourd’hui encore, on trouve sans difficulté dans certaines petites épiceries de produits africains, mais cachés sous le comptoir et vendus sous le manteau, des sachets de kaolin, vendus un ou deux euros pièces.

Des bénéfices concrets liés essentiellement aux bienfaits de l’argile

Une étude publiée en 2011[2] dans la Quarterly Review of Biology a recensé près de 500 cas de géophagie humaine documentés, depuis les récits d’explorateurs du Moyen-ge jusqu’à aujourd’hui.

Elle a conclu que, sur un plan pratique, deux bénéfices pouvaient être obtenus.

  • Dans une minorité des cas, la terre, cuite ou bouillie pour être stérilisée, est ingérée comme source de nutriments, notamment des minéraux. Au Yunnan par exemple, lors des famines provoquées par la révolution culturelle, les habitants se sont remis à consommer certaines terres, très riches en fer, calcium, manganèse, potassium et magnésium.
  • Dans la majorité des cas cependant, ce sont les vertus détoxifiantes ou antiparasitaires des terres argileuses qui sont, consciemment ou non, recherchées, comme pour les animaux.

Le secret de l’argile : un mille-feuille doté d’une charge électrique négative

Les terres argileuses ont une structure microcristalline très particulière[3]. Elles sont constituées d’un empilement de couches, certaines associant silice et oxygène, d’autres associant l’oxygène à un atome métallique (qui donne sa couleur à l’argile – fer oxydé pour l’argile rouge, zinc ou cuivre pour l’argile jaune…). Entre chaque couche existe un espace dit interfoliaire. Cet espace peut être rempli, d’eau, ou d’autre chose.

De plus, les différentes couches ont une charge électrique différente et, en bordure des structures argileuses se trouve une couche d’ions hydroxydes avec une charge négative.

En conséquence, l’argile fonctionne comme une éponge : elle attire des atomes chargés positivement, et les stocke dans les espaces interfoliaires. D’où sa capacité détoxifiante, et son pouvoir anti-poison.

À l’inverse, sa structure la rend totalement impropre à être métabolisée. On ne digère jamais l’argile : elle agit comme un capteur qui au cours du transit intestinal se charge de toxines, avant d’être évacué en emportant ces mêmes toxines.

Des propriétés déjà utilisées dans de nombreux médicaments

Les terres argileuses sont utilisées depuis longtemps comme pansements gastro-intestinaux et antidiarrhéiques[4]. Elles cicatrisent efficacement la muqueuse digestive[5] et sont d’ailleurs aussi utilisées sous forme de cataplasme pour résorber les blessures. Le pansement gastrique Actapulgite, par exemple, est un simple mélange d’argile de Mormoiron et de glucose.

Ces terres argileuses agissent à la fois comme antibiotique anti-inflammatoire, antiviral et antiparasitaire[6]. L’ulcère de Buruli, une mycobactériose inconnue chez nous mais très fréquente en Afrique de l’Ouest, se soigne avec de la bentonite (aussi appelée terre à foulon)[7].

Une équipe de l’Université d’Arizona a testé l’impact des terres argileuses in vitro sur des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques[8] et conclut en ces termes : “Les propriétés intrinsèques de certaines terres argileuses permettraient de disposer d’un traitement bon marché contre de nombreuses infections bactériennes humaines.”

Elles sont utilisées dans de nombreux traitements pour les animaux d’élevage, voire systématiquement associées à leur alimentation[9].

Un don du ciel qui nous sauvera de la guerre bactériologique ?

Une étude du centre de nanotechnologie d’Ostrava, en République Tchèque, suggère même d’utiliser des terres argileuses modifiées comme mode de protection des populations en cas d’attaque chimique ou bactériologique[10] !

Une terre qui agit puissamment, et donc avec certains risques

 La première contre-indication liée à la consommation d’argile est toute bête, et liée à son pouvoir absorbant : l’argile empêche les médicaments d’agir. Il ne faut jamais en ingérer moins de deux heures après la prise d’un médicament, sinon elle risque de neutraliser le médicament en captant ses molécules actives.

L’argile peut engendrer de la constipation. Elle est déconseillée chez les personnes ayant déjà fait une occlusion intestinale.

Elle peut provoquer de l’anémie, notamment chez les femmes enceintes, car certaines argiles captent le fer[11].

Inversement, certaines kaolinites riches en aluminium peuvent échanger celui-ci dans l’intestin, et sont donc déconseillées pour les femmes enceintes.

Enfin, étrangement, et sans aucune explication scientifique connue, l’argile semble susciter parfois des comportements addictifs, notamment chez des femmes originaires d’Afrique de l’Ouest, qui croquent du kaolin pendant leur grossesse, puis continuent à en consommer en quantité démesurée[12].

Vous êtes tenté par l’expérience ?

Il n’y a pas qu’en masque que l’argile peut vous faire du bien. C’est un remède extrêmement bon marché et sain, utile aussi bien contre la gueule de bois que pour éliminer régulièrement toutes sortes de toxines.

Elle peut vous rendre service dans deux situations principales :

  • si vous souffrez de diarrhées ou de douleurs gastriques ;
  • de manière régulière, pour vous détoxifier.

Dans le premier cas, commencez par en parler à votre médecin, sachant qu’il sera probablement amené à vous prescrire des médicaments à base d’argile. Prenez note que, à l’exception de la diosmectite, les médicaments à base d’argile (Smecta ou son générique notamment) sont déconseillés pour les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans selon un avis récent de l’ANSM.[13]

Privilégiez les argiles vertes (riches en matières organiques et en magnésium) ou blanches, notamment si vous êtes fragile des intestins. L’argile blanche kaolinite, est peu minéralisée et donc plus douce.

Comment faire ? Ne la croquez pas !

Pour consommer de l’argile, le mieux est de l’avaler sous forme de lait d’argile.

Achetez en pharmacie ou en magasin diététique de la poudre d’argile. Diluez une à deux cuillerées à café dans un verre d’eau déminéralisée.

Buvez à jeun, idéalement 30 minutes avant le petit-déjeuner. Une seule prise par jour suffit pour détoxifier. En cas de gastro-entérite, vous pouvez en prendre avant chaque repas.

Les puristes suggèrent de laisser votre préparation reposer au minimum 5 minutes, voire de préparer la veille pour le lendemain matin, et de ne surtout pas utiliser de cuillère en métal.

 

Le geste simple que vous pourriez faire aujourd’hui ?

Portez votre main à votre bouche, comme si vous étiez un chimpanzé de Tanzanie qui avale un morceau de termitière. Visualisez ce que vous aimeriez qu’elle contienne. C’est probablement quelque chose qui vous ferait du bien.

La question que vous pourriez vous poser aujourd’hui ?

Quelle couleur d’argile vous attire le plus ? Explorez ses propriétés, et demandez-vous pourquoi elle vous attire.

 

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que Santé Nature Innovation pourra l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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