Il aura suffi de deux générations aux industriels pour faire en sorte que nos comportements alimentaires changent radicalement.
Sur la table de mes grands-parents, on ne trouvait aucun aliment « tout fait ».
Tout était cuisiné maison avec des produits de saison ou en provenance directe de la ferme (le beurre, le fromage, la charcuterie, etc.)
Les aliments industriels ont commencé à pointer le bout de leur nez chez mes parents : du pain, des produits laitiers ou encore certains plats préparés achetés de temps à autre au supermarché.
Aujourd’hui, soyons honnêtes, nous faisons en général nos courses en grande surface et l’essentiel de notre caddie est composé de produits prêts à consommer.
Au mieux, nous allons au marché une fois par semaine pour nous faire plaisir… davantage que pour combler nos besoins alimentaires de base.
Le problème, c’est que ce changement a de sérieuses conséquences.
La malbouffe tue plus que le tabac !
D’après l’étude Global Burden of Disease, publiée et mise à jour régulièrement par le prestigieux Lancet[1], 11 millions de personnes meurent des conséquences d’une mauvaise alimentation chaque année.
C’est trois millions de plus que pour le tabac !
Et cela représente un décès sur cinq dans le monde !
Les chiffres sont alarmants : en France, on impute à la malbouffe 8 millions d’obèses, 500 000 insuffisants cardiaques, 10 millions d’hypertendus, et plus de 4,5 millions de diabétiques. Elle aurait aussi une responsabilité dans environ un quart des cancers.
Les conséquences sont implacables : ne pas veiller à avoir une bonne alimentation fait perdre plus d’année de vie et d’années en bonne santé que d’autres facteurs comportementaux tels que le tabagisme, l’alcoolisme, ou les conduites sexuelles à risque.
La malbouffe, c’est quoi au juste ?
La malbouffe désigne des habitudes alimentaires régulières qui nuisent à la santé.
Si vous mangez un paquet de chips par mois, et que par ailleurs vous avez une alimentation équilibrée, il y a peu de chances pour que vous en ressentiez les conséquences.
La malbouffe est celle qui s’installe à notre table ou sur notre canapé au quotidien.
Elle comprend les aliments riches en calories mais pauvres en nutriments essentiels, trop sucrés, trop salés, trop saturés en mauvaises graisses, et ultra-transformés.
Mais c’est quoi exactement un aliment ultra-transformé ?
C’est un aliment qui a été l’objet de nombreux processus de transformation industrielle : Comme le fractionnement, le soufflage, la cuisson, l’hydrogénation, l’ajout d’arômes et d’additifs pour modifier la texture, le goût ou encore la durée de conservation.
Après emballage, on obtient un aliment prêt à consommer, pratique, qui se conserve longtemps.
Mais bien entendu, la contrepartie, c’est que cet aliment est vidé de sa substance nutritionnelle et a un impact catastrophique sur notre organisme.
Ce n’est pas tout : les procédés de transformation modifient la structure des aliments au point d’affecter la vitesse à laquelle nous les ingérons puis les digérons.
Le problème, c’est que ces produits rendent les consommateurs accros.
Je vous conseille vivement le documentaire diffusé par ARTE : Tous accros : le piège des aliments ultra-transformés[2].
On y apprend notamment que, depuis la fin des années 1970, la stratégie des grands groupes se désintéresse totalement de l’impact sur la santé de leurs produits.
Les questions qu’ils se posent se résument plutôt à celles-ci :
- Quel est le plus haut taux de sucre qu’on puisse intégrer dans un produit sans dégoûter le consommateur ?
- Comment activer les circuits neuronaux de la récompense, maximiser ceux du plaisir, bloquer ceux de la satiété ?
Une stratégie qui ressemble furieusement à celle de l’industrie du tabac, qui a su fidéliser un public toujours plus nombreux et plus jeune, et qui n’a reconnu la toxicité de ses produits que sous la contrainte…
D’après les données publiées en 2023 par le journal BMJ, 31 % des apports énergétiques des adultes en France correspondent à des aliments ultra-transformés[3].
Aux États-Unis, cette proportion atteint 58 %… et si nous continuons au rythme où nous allons, nous ne tarderons pas à atteindre de tels chiffres.
Il est encore temps de réagir !
32 effets nocifs sur la santé
D’après les nombreuses études publiées sur le sujet, les aliments ultra-transformés sont associés à environ 32 effets nocifs sur la santé[4].
On trouve parmi eux un risque accru d’obésité, de maladies cardiaques, de diabète de type 2, de maladies chroniques inflammatoires et de maladies mentales.
Les mécanismes en cause ne sont pas encore tout à fait clairs, mais l’atteinte de notre microbiote intestinal jouerait un rôle central dans le déclenchement de ces pathologies.
Sa composition, affectée par une consommation importante d’aliments ultra-transformés, serait à l’origine de réactions en chaîne sur de nombreuses fonctions de notre organisme (digestion, métabolisme, immunité…).
Restez maîtres de votre alimentation
Les aliments ultra-transformés représentent 80 % de l’offre en supermarché.
Sachant cela, on aurait tendance à se dire « comment les éviter ? »
Voici quelques astuces :
- Identifiez-les
Les aliments à proscrire possèdent :
- Une longue liste d’ingrédients (plus de 5)
- Des ingrédients inconnus dans votre cuisine (les ACE[5])
- L’ajout de vitamines et minéraux
- Des allégations santé comme « allégé », « pauvre en cholestérol » ou « riche en fibres ». Cela peut sembler tentant à première vue, mais la plupart du temps, les aliments concernés ont été grandement transformés pour correspondre à ces allégations.
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N’essayez pas de changer radicalement votre alimentation
Les habitudes ont la vie dure et changer d’alimentation demande de mettre en place une nouvelle façon de fonctionner.
Il faudra y consacrer un peu de temps, apprendre peut-être à cuisiner, faire ses courses différemment…
Vous pourriez être découragé par cela si vous changez tout d’un coup.
Pour renouer avec une alimentation plus saine, il suffit dans un premier temps d’augmenter les proportions de légumes et de fruits.
Réapprenez ensuite à cuisiner des choses simples, choisissez mieux vos sources de sucre et de graisses (sirop d’agave à la place du sucre blanc et huiles riches en oméga 3 comme l’huile de colza à la place du beurre).
Si vous êtes un adepte du riz, des pâtes et du pain, essayez de vous tourner petit à petit vers leurs formes semi-complètes ou complètes si vos intestins le supportent.
Je vous conseille aussi de manger moins de viande (une ou deux fois par semaine), mais de privilégier la qualité.
Remplacez les produits animaux par des légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches, etc.), qui sont d’excellentes sources de protéines.
Petit à petit, augmentez la proportion de ces aliments sains jusqu’à ce qu’ils deviennent l’essentiel de votre alimentation.
- Un dernier conseil qui peut tout changer
Prenez l’habitude de cuisiner en grandes quantités.
Vous pourrez ainsi congeler des parts et faire plusieurs repas. C’est un gain de temps considérable, et ça vous motivera à changer d’alimentation.
Avez-vous déjà songé à modifier vos habitudes alimentaires ?

