Cannabis : Une popularité à hauts risques - Nouvelle Page Santé

Cannabis : Une popularité à hauts risques

« La cigarette qui fait rigoler », voilà ce qu’on entend trop souvent au sujet du cannabis et de ses proches cousins comme le haschich ou la marijuana, tous issus du chanvre.

Aujourd’hui, le chanvre se présente parfois sous les traits rassurants d’une plante naturelle, presque inoffensive, bien moins nocive que le tabac.

Pour tout dire, le cannabis a changé de visage depuis plusieurs années maintenant : il s’est progressivement installé dans les habitudes, jusque dans le quotidien de bons « pères de famille ».

Pour certains, il représente une parenthèse de détente dans un monde stressant. Pour d’autres, une manière de s’intégrer à un groupe, de mieux dormir ou de mettre à distance les soucis du quotidien.

Et, puisque l’alcool est largement accepté en société malgré ses dangers, pourquoi faudrait-il considérer le cannabis comme un problème ?

Le problème existe pourtant : sa banalisation a fini par faire oublier ses effets sur le cerveau, la mémoire, la santé mentale et les capacités physiques…

Quand la contre-culture est devenue tendance

Ah, les années soixante-dix et leurs artistes à l’inspiration géniale…

Je suis le premier à me perdre dans les sons incroyables de cette génération de musiciens. Je suis fan !

Toutes les figures de la contre-culture, qu’elles gravitent autour de la musique, de la littérature, de la philosophie ou du cinéma, ont largement contribué à populariser l’usage de certaines drogues.

Au cours du XXe siècle, et particulièrement dans les mouvements contestataires des années 1960 et 1970, le cannabis s’est associé à une volonté de rupture avec les conventions.

Il évoquait la liberté individuelle, la paix, la remise en question de l’autorité, la recherche d’autres manières de vivre, ainsi que la volonté d’ouvrir les portes de la perception, chère aux artistes en mal d’inspiration.  

Le groupe de rock psychédélique The Doors, mené par le charismatique Jim Morrison, tire son nom de ce concept très tendance à l’époque,

Cette dimension culturelle a profondément modifié son image. Le cannabis est devenu un signe d’appartenance, une façon d’exprimer une identité, de se revendiquer Artiste avec un grand A, ou de se démarquer des normes.

L’histoire est toutefois plus étonnante qu’on ne le pense.

On le sait moins, mais le cannabis a été utilisé dans des contextes très différents, y compris pendant les périodes de guerre, où les substances psychoactives ont parfois circulé parmi les soldats1.

L’image du cannabis s’est construite par couches successives, en fonction des usages, des époques, des représentations et des transformations de la société.

La banalisation : le consommateur n’est plus forcément un « drogué »

Le changement le plus profond est peut-être celui qui s’est produit dans le regard porté sur les consommateurs.

Pendant longtemps, le cannabis a été associé à la marginalité, à la délinquance ou à une forme de déviance sociale.

Il faut bien le dire : l’image du « fumeur de pétard » a pendant un moment été celle d’un pauvre attardé qui vit sur une autre planète et qui passe sa journée à écouter ses cheveux pousser en mangeant du fromage de chèvre.  

Aujourd’hui, une personne qui en consomme occasionnellement peut être perçue comme parfaitement intégrée : étudiant, salarié, parent ou cadre.

Fumer de l’herbe n’a rien de choquant ou de risible.

La frontière entre comportement ordinaire et comportement stigmatisé s’est déplacée.

Cette évolution peut donner l’impression que le cannabis est devenu aussi banal que le tabac dès lors que l’on en contrôle les effets.

Pourtant, une consommation socialement acceptable n’est pas nécessairement une consommation sans conséquences.

Les terribles conséquences de l’effet de groupe

Brassens a parfaitement résumé ce que je pense de l’effet de groupe.

Je lui laisse donc la parole en vous transmettant ce passage savoureux de la chanson Le pluriel (1966) : « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on est plus de quatre, on est une bande de cons. »

Libertaire dans l’âme, Brassens rejette les foules, les partis, les sectes, les processions et les mouvements collectifs qui exigent de penser la même chose à l’unisson.

Selon lui, l’humain qui suit la « meute » ou le « groupe » abdique sa liberté de penser, son esprit critique et sa singularité.

Cela me renvoie aux travaux du sociologue américain Howard Becker. Dans son ouvrage Outsiders, publié en 1963, il montre que l’usage s’inscrit aussi dans un apprentissage social2.

Un jeune arrive dans un groupe où le cannabis est présenté comme un passage presque obligé de la convivialité. On lui explique que cela aide à se détendre, que tout le monde le fait et qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Refuser peut alors donner le sentiment de se tenir à l’écart. Accepter, au contraire, peut devenir une manière de gagner sa place.

La consommation prend ici une dimension relationnelle. Elle est un signe d’appartenance et de reconnaissance.

C’est ainsi qu’une pratique peut se diffuser sans qu’aucune campagne organisée ne soit nécessaire : elle circule par imitation, par familiarité et par désir de faire partie d’un groupe.

Le piège du « c’est naturel, donc c’est sans danger »

Depuis quelques années, la consommation de drogues et en particulier de cannabis a explosé3. Cela est dû notamment à la facilité avec laquelle on peut s’en procurer, mais aussi à la recherche d’un apaisement immédiat, dans ces périodes de crises.

Surtout, le cannabis bénéficie d’un avantage considérable dans l’imaginaire contemporain : il vient d’une plante.

À l’heure où beaucoup cherchent à réduire leur exposition aux produits industriels et à retrouver une relation plus simple avec la nature, cette origine végétale peut être perçue comme une garantie de sécurité.

C’est un raccourci ô combien trompeur.

Les plantes sont puissantes, je ne cesse de le répéter dans mes lettres !

L’origine naturelle d’une substance ne permet absolument pas de conclure qu’elle est inoffensive.

Le cannabis n’échappe pas à cette règle. Les concentrations de THC ont évolué dans certains produits, et des préparations très concentrées sont désormais disponibles. Or, plus l’exposition au THC est importante, plus les risques pour la santé augmentent.

Restons lucides, de grâce !

Le cerveau, première victime du THC

Si le cannabis provoque une sensation de détente, d’euphorie ou une perception différente du temps, c’est parce que le THC agit sur le système nerveux central.

Il a la capacité de se fixer sur certains récepteurs et de perturber le fonctionnement habituel de circuits cérébraux.

Il modifie ainsi la perception et peut altérer la mémoire immédiate, l’attention, le jugement, la coordination et le temps de réaction.

Les effets varient d’une personne à l’autre, mais aussi selon la concentration en THC, la fréquence de consommation, et les éventuelles associations avec d’autres substances.

À plus ou moins long terme, la mémoire et l’apprentissage sont touchés de façon importante. Ces difficultés peuvent se répercuter sur les études, le travail et les activités quotidiennes.

Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement concernés, car le cerveau poursuit son développement jusqu’au début de l’âge adulte.

Le cerveau n’est pas un organe dont on peut modifier le fonctionnement sans conséquence.

Les risques importants pour la santé mentale

L’un des effets les plus préoccupants concerne les liens entre le cannabis et la santé mentale.

Chez certaines personnes, le THC peut provoquer des épisodes d’anxiété aiguë très puissants, des attaques de panique, de la confusion ou des idées délirantes et des hallucinations4,5.

Ces manifestations ne surviennent pas systématiquement, mais elles peuvent être particulièrement invalidantes.

Les recherches mettent également en évidence une association entre consommation fréquente de produits fortement dosés en THC et risque accru de troubles psychotiques, notamment chez les personnes vulnérables.

Les jeunes qui commencent tôt, les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de psychose et celles qui ont des fragilités psychiques (angoisses, nervosité, dépression, etc.) sont particulièrement concernées.

Alors, avant d’estimer par vous-même que le cannabis va vous aider à calmer votre nervosité ou vos angoisses, parlez-en à votre médecin.

Le succès du cannabis raconte quelque chose de notre époque. Une plante autrefois associée à la marginalité est devenue un produit familier, parfois valorisé comme une expression de liberté ou un moyen de s’extraire du monde.

Dans une société où la promesse de soulagement immédiat est devenue un argument puissant, préserver sa santé passe aussi par une question simple : ce qui me fait du bien aujourd’hui m’aide-t-il réellement à aller mieux demain ?

Que pensez-vous de l’explosion de la consommation de cannabis ?

Question clivante, mais nécessaire : Êtes-vous pour ou contre sa dépénalisation ?

Portez-vous bien.

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Sources :

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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