Ce qui se cache derrière Octobre Rose - Nouvelle Page Santé

Ce qui se cache derrière Octobre Rose

Comme chaque année, à la même époque, le rose devient pour quelques jours la couleur de l’espoir et de la mobilisation afin de vaincre un véritable fléau : le cancer du sein.

Les marques, les médias, les marketeurs rivalisent d’initiatives solidaires et les appels au dépistage se multiplient.

Derrière cette mobilisation devenue incontournable, des voix s’élèvent pourtant.

Comment peut-on trouver quelque chose à redire concernant une si noble cause, me direz-vous ?

Eh bien, ce sont les premières concernées, les malades, qui tentent de faire entendre leur voix… et elles ont beaucoup à dire.

Il est grand temps de regarder en face ce qui se cache derrière Octobre Rose.

Il va bien falloir dire les choses !

Le message semble irréprochable : soutenir les femmes touchées par le cancer du sein, financer la recherche et encourager le dépistage.

C’est ce qui rend Octobre Rose si difficile à critiquer.

Le ruban rose est devenu bien davantage qu’un symbole de sensibilisation. Il est associé à la générosité, au courage et à la solidarité envers les malades.

Questionner la campagne peut donner l’impression de manquer de cœur, de chercher la petite bête.

Pourtant, un véritable malaise grandit autour d’Octobre Rose, et lorsqu’on sait qu’il se manifeste essentiellement parmi les femmes atteintes de cancer, on se doit de l’écouter attentivement.

Certaines ne se reconnaissent plus dans cette célébration annuelle. Elles dénoncent une communication qui, à force de bons sentiments (plus ou moins sincères), de slogans encourageants et d’images « bisounours », finit par déformer la réalité autour de la maladie.

D’autres s’interrogent sur les intérêts économiques qui viennent se greffer autour de la campagne.

Autre point soulevé, et pas des moindres : pourquoi insiste-t-on autant sur le dépistage individuel, alors que les causes environnementales du cancer et les difficultés financières des malades restent si peu visibles dans les festivités ?

Comme vous pouvez le constater, cela fait beaucoup de points noirs qui justifient d’avoir un vrai débat.

Pour bien comprendre tous les enjeux, il faut commencer par revenir aux origines de cette campagne.

Aux origines d’Octobre Rose, une alliance pour le moins singulière

Octobre Rose n’est pas né d’un collectif de malades.

Il est né aux États-Unis en 1985, à l’initiative de l’American Cancer Society, en partenariat avec la branche pharmaceutique d’Imperial Chemical Industries, un groupe industriel britannique, qui deviendra Zeneca, avant de participer à la création d’AstraZeneca en 1999.

En France, la campagne voit le jour en 1994, notamment sous l’impulsion des marques de cosmétiques Estée Lauder et Clinique, avec le magazine Marie Claire.

Dès le départ, deux objectifs sont avancés : sensibiliser au dépistage du cancer du sein et récolter des fonds pour la recherche médicale.

Sur le principe, c’est parfait.

Le problème réside, comme trop souvent, dans les intérêts qui convergent au sein de cette mobilisation.

Un groupe industriel lié à la pharmacie contribue à lancer une campagne promouvant le dépistage d’une maladie pour laquelle il commercialise des traitements.

Quand la solidarité devient une opération marketing

Dans son texte « Octobre Rose, c’est l’overdose ! », publié par Cancer Rose, Isabelle Lacaton dénonce une campagne devenue, selon elle, un immense rendez-vous commercial. 1

Il est vrai que les exemples qu’elle rapporte ont de quoi interpeller : parapluies roses suspendus dans les rues, gâteaux en forme de seins, défilés et opérations promotionnelles diverses.

Des entreprises profitent de l’occasion pour associer leur image à la lutte contre le cancer.

Le rose devient alors un argument de vente. Un produit se transforme en geste solidaire, un achat en preuve d’engagement, une opération publicitaire en manifestation de générosité.

C’est ce que les critiques appellent le pinkwashing : l’utilisation d’une cause associée aux femmes et à leur santé pour valoriser une marque ou améliorer son image.

Le phénomène soulève une question toute simple : quelle somme est réellement reversée à la recherche ?

Autre interrogation légitime : les entreprises qui se mobilisent en octobre agissent-elles de manière cohérente avec leurs activités le reste de l’année ?

Pour autant, il serait injuste de considérer chaque initiative comme une manœuvre commerciale. Des associations, des bénévoles et des citoyens s’engagent sincèrement, et certaines collectes contribuent réellement à financer des actions utiles.

La question n’est donc pas de condamner la solidarité, mais de réclamer davantage de transparence, de cohérence et de décence.

Combien d’argent est récolté ? Où va-t-il ?

Quelle est la sincérité de telle ou telle initiative ?

Une cause aussi importante mérite mieux qu’un ruban accroché sur une pâtisserie…

Le cancer n’a rien de rose

Les membres du collectif Cancer Colère connaissent intimement les conséquences de la maladie : traitements lourds, séquelles durables, bouleversements familiaux et incertitude permanente quant à l’avenir.

La communication d’Octobre Rose insiste sur la combativité, la féminité et la capacité à surmonter l’épreuve. Ces messages peuvent apporter du réconfort. Mais ils peuvent aussi imposer une image de la malade idéale : courageuse, souriante, positive et toujours prête à se battre.

Que devient celle qui est épuisée, qui a peur, qui ne supporte plus les traitements ou qui n’a plus la force de se montrer optimiste ?

Et que dire des femmes qui meurent de la maladie ? Leur histoire ne correspond pas à celle d’une victoire souriante.

Il ne s’agit pas de bannir l’espoir. Il s’agit de ne pas le transformer en obligation ni de s’en servir pour édulcorer la réalité.

La souffrance n’est pas un manque de courage, et la guérison ne se résume pas à une attitude mentale positive.

Les femmes malades ont besoin d’être soutenues dans toute la complexité de leur expérience, sans devoir correspondre à l’image rassurante que la société voudrait donner du cancer.

La réalité du cancer ne s’arrête ni à la façon dont on vit la maladie ni à la fin des traitements.

Le reportage de Reporterre intitulé « Je suis sortie de chimio endettée : le cancer du sein appauvrit les femmes » donne un visage concret à cette dimension souvent oubliée. 2

Bien souvent, l’interruption de l’activité due à la maladie a un impact important sur les revenus. Les indemnités ne compensent pas nécessairement les pertes subies, tandis que les factures continuent de tomber.

Cette situation n’est pas une simple difficulté passagère. Elle révèle un paradoxe : au moment où une femme a le plus besoin de sécurité, sa maladie peut la priver de revenus et fragiliser son autonomie.

Les dépenses liées au cancer ne se limitent pas aux traitements. Il faut parfois financer des soins de soutien, des produits adaptés, une perruque, des déplacements ou un accompagnement psychologique. À cela s’ajoutent les difficultés à retrouver un emploi.

Toutes les femmes ne disposent pas des mêmes ressources pour affronter cette épreuve. Une personne entourée, bénéficiant d’une situation professionnelle stable et de revenus confortables, n’a pas les mêmes possibilités qu’une travailleuse indépendante, une mère isolée ou une femme déjà en situation de précarité.

La solidarité véritable se mesure également à la capacité d’une société à ne pas laisser ses malades se retrouver en situation de précarité.

Et si l’on parlait enfin des causes du cancer ?

Octobre Rose met fortement l’accent sur les comportements individuels et le dépistage, mais accorde beaucoup moins de place aux causes environnementales et professionnelles des cancers.

Et pourtant… la pollution atmosphérique, les pesticides et les perturbateurs endocriniens ont une incidence fondamentale démontrée depuis longtemps. 3 4

Octobre Rose semble parfois réduire la prévention à des recommandations individuelles, comme si la maladie dépendait essentiellement des choix de vie de chaque femme.

On peut comprendre que cela soit mal vécu par certaines d’entre elles.

Le collectif Cancer Colère pointe les contradictions d’un système dans lequel des entreprises peuvent, d’un côté, participer à des activités associées à des risques sanitaires et, de l’autre, tirer des bénéfices des traitements ou des produits liés à la prise en charge des maladies.

Je suis entièrement d’accord avec leur raisonnement : l’hypocrisie n’a pas sa place lorsqu’on parle de santé !

La question doit rester : quel est le sens de consacrer tant d’énergie à détecter et à soigner les maladies sans accorder une attention comparable aux moyens d’en réduire les risques ?

Soigner et dépister les cancers ne souffre aucune discussion. Éviter qu’ils surviennent me semble une priorité trop souvent mise sous le tapis.

Le dépistage : une question qui mérite mieux que des slogans

Le dépistage est sans doute le sujet le plus sensible de cette controverse.

Octobre Rose présente souvent la mammographie comme un réflexe incontournable.

Or, les bénéfices et les limites du dépistage font l’objet de discussions animées depuis de nombreuses années.

L’association Cancer Rose attire notamment l’attention sur le surdiagnostic.

Ce terme désigne la détection d’une lésion qui n’aurait pas provoqué de symptômes ni menacé la vie de la personne.

Il ne s’agit pas d’une erreur de diagnostic au sens habituel : la lésion est bien identifiée, mais son évolution aurait pu rester sans conséquence clinique. Certaines lésions détectées peuvent donc conduire à des traitements qui n’auraient peut-être jamais été nécessaires.

Le dépistage peut aussi entraîner des faux positifs, c’est-à-dire des résultats suspects qui ne correspondent finalement pas à un cancer. Ils peuvent susciter de l’inquiétude et nécessiter des examens complémentaires.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le dépistage ne présente aucun bénéfice.

Il peut parfois mener à des dérives dont le but est, comme toujours, une question de rentabilité.5

Soyons solidaires sans être manipulés

Alors, faut-il abandonner Octobre Rose ?

Ce serait passer à côté de l’essentiel. Les femmes touchées par le cancer du sein ont besoin de soutien, la recherche a besoin de moyens et l’information sur la maladie demeure importante.

Mais une campagne aussi populaire doit pouvoir être interrogée afin qu’elle reste désintéressée et transparente.

Il est possible de soutenir les malades sans adhérer à toutes les opérations commerciales organisées en leur nom. Il est possible de financer la recherche tout en demandant davantage de transparence sur l’utilisation des dons. Il est possible de reconnaître l’intérêt du dépistage tout en souhaitant une information plus complète sur ses limites et les abus parfois constatés.

Et il est surtout possible de réclamer une prévention plus ambitieuse, qui ne fasse pas peser toute la responsabilité sur les individus, mais examine aussi les facteurs environnementaux, les conditions de travail et les décisions industrielles.

Derrière chaque slogan, il y a des femmes dont la vie a été profondément bouleversée.

Elles ne demandent pas seulement qu’on pense à elles pendant un mois.

En octobre comme le reste de l’année, la lutte contre le cancer mérite mieux qu’une jolie couleur. Elle mérite de la transparence, du discernement et du courage politique.

Partagez-vous mon point de vue sur la question d’Octobre Rose ou pensez-vous que je vois le mal partout ?

Si vous êtes aux prises avec la maladie ou si vous l’avez été, j’aimerais beaucoup avoir votre avis sur la question.

Prenez soin de vous mes amis !

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Sources :

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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