La pétition record qui a suivi l’adoption de la loi Duplomb par l’Assemblée nationale alimente un débat houleux dont tous les enjeux ne sont pas toujours compris.
On assiste en réalité à l’opposition de deux mondes que tout devrait pourtant réunir : celui des agriculteurs et des écologistes.
J’aimerais aujourd’hui vous en donner les clés en restant le plus neutre possible, car si l’on a surtout entendu la voix des opposants, celle des agriculteurs (ou tout du moins leur message) n’a peut-être pas été bien comprise.
Essayons de faire le point sur une affaire qui résume à elle seule les problématiques parfois ubuesques auxquelles doit se confronter le monde agricole.
Je suis fils d’agriculteur et fier de l’être
Croyez-moi, la grande majorité des agriculteurs, qu’ils soient dans le bio ou non, se soucient de l’environnement.
Ils se soucient aussi de leur santé et connaissent très bien les dangers des produits controversés qu’ils sont parfois contraints d’utiliser pour produire à grande échelle.
Je parle en connaissance de cause puisque c’est le milieu dans lequel j’ai grandi.
J’ai connu de près les difficultés, les dilemmes, les contraintes, et les fins de mois compliquées de mes parents très attachés à l’écologie.
Je ne jetterai donc pas la pierre aux agriculteurs, qu’ils soient favorables ou non à la loi Duplomb.
Je crois qu’il faut avoir vécu de près leurs ennuis avant de porter le moindre jugement.
Qu’est-ce que la loi Duplomb exactement ?
La pétition demandant l’abrogation de la loi Duplomb a recueilli, en quelques jours, plus de deux millions de signatures et a engendré des manifestations conjointes de paysans, écologistes, médecins et collectifs citoyens.
Il s’agissait de s’opposer avant tout au retour d’un pesticide, l’acétamipride (un néonicotinoïde) interdit en France depuis 2018.
Il s’agit là du gros point noir de la loi.
Cependant, il ne faut pas oublier la raison d’être de la loi Duplomb et les raisons pour lesquelles elle a été soutenue par une bonne partie du monde agricole.
Pour cela, il faut s’intéresser à son contenu dans sa globalité et ne pas uniquement se focaliser sur le retour de l’acétamipride.
La loi propose principalement :
- Un assouplissement des seuils d’élevage intensif (discutable aussi et pourtant très peu évoqué…),
- Le retour de l’acétamipride,
- La facilitation du stockage d’eau (méga-bassines) afin de sécuriser les récoltes dans un contexte de sécheresses croissantes et permettre aux exploitants de maintenir une production alimentaire malgré l’instabilité climatique,
- D’alléger la charge administrative pour les exploitations de taille moyenne, et favoriser leur compétitivité dans un contexte difficile,
- De simplifier et clarifier les procédures pour éviter les blocages et doublons dans l’instruction des projets agricoles.
Je veux croire que son objectif principal était plutôt louable, puisqu’elle visait à soulager les agriculteurs de certaines contraintes propres à leur profession.
Alors, comment s’est-elle transformée en symbole du divorce et de l’incompréhension entre l’agriculture française, l’opinion publique et les écologistes ?
Deux réalités qui s’affrontent
L’animosité entre écologistes et agriculteurs est un paradoxe devenu réalité, du fait de la folie mercantile qui anime la grande industrie.
Il y a très certainement là-dedans une méconnaissance du métier d’agriculteur et une vision simpliste de la part d’écologistes plus à l’aise sur les plateaux de télé que les bottes dans la boue, dans un champ.
En fait, les agriculteurs sont pris en étau entre deux réalités : la nécessité de produire pour le plus grand nombre (n’oublions jamais que ce sont les agriculteurs qui nous nourrissent), et la nécessité de ne pas abîmer leur outil de travail, à savoir la nature elle-même (et au passage notre santé).
Il n’y a pas d’un côté les gentils agriculteurs qui font du bio pour une élite et d’un autre ceux qui font leur job tant bien que mal pour que chaque assiette de chaque foyer soit remplie 3 fois par jour !
La prise de conscience de l’impact de notre nourriture sur notre santé a éveillé les consciences et c’est une bonne chose !
Les néonicotinoïdes ne sont que la partie émergée de l’iceberg, car il y a en réalité plusieurs notions très importantes qui conditionnent presque tout :
- Le coût des aliments qu’il faut tirer vers le bas dans un contexte économique difficile pour la plupart d’entre nous ;
- La rémunération dérisoire des agriculteurs (17,4 % des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté. En France, le taux de ménages agricoles vivant sous le seuil de pauvreté est plus élevé que chez les ouvriers, les employés, et près de deux fois plus que chez l’ensemble de la population !) ;
- Le monopole de la grande distribution et de l’industrie qui fait la pluie et le beau temps dans l’alimentaire ;
- La concurrence mondiale féroce et déloyale vis à vis des standards européens, et encore plus déplorable : la concurrence à l’intérieur même de l’Europe ;
- Le changement climatique qui ajoute encore des difficultés de production et de rentabilité ;
- Des contraintes administratives aberrantes.
Dans ce contexte, le ras-le-bol d’une grande partie des agriculteurs n’est pas surprenant.
Cela fait longtemps qu’ils alertent l’État et la population.
Pour retrouver un peu d’air financièrement et faire face à la concurrence, ils demandent à renforcer la compétitivité des produits français.
En effet, la France a adopté des règles plus strictes que ses voisins européens qui ne s’embarrassent pas de problèmes de conscience sanitaires.
L’exemple de l’acétamipride est un exemple flagrant : il est interdit en France depuis 2018 alors qu’il reste autorisé dans l’UE jusqu’en 2033 !
Nous importons donc en masse des produits traités par cet insecticide poison et nos agriculteurs en sont réduits à jouer le rôle de dindons de la farce !
La nécessité d’une transition écologique pour une agriculture vertueuse
Nous sommes tous d’accord pour affirmer qu’il est grand temps de retrouver la raison en matière de production agricole et de protection de la nature.
Et il faut bien comprendre que les deux doivent se mener de front et pas séparément comme semble le croire la députée Sandrine Rousseau, qui n’est plus à une ineptie près en affirmant « qu’elle n’a rien à péter de la rémunération des agriculteurs »[1].
Autant vous dire que nous ne sommes pas sortis du sable…
Ne lui en déplaise, écologie en agriculture sont intimement liées.
Si les sols sont maltraités, l’effet néfaste des produits nocifs niés, la biodiversité détruite, les agriculteurs scieront la branche sur laquelle ils sont assis.
De ce côté-là aussi il y a une prise de conscience à prendre pour certains partisans réfractaires au changement.
Le chantier est énorme et il ne sera profitable à tous que s’il est suivi conjointement par tous les pays européens (et idéalement dans le monde entier, mais essayons d’abord de balayer devant notre porte).
Le système à deux vitesses des vertueux et des gros producteurs mis sous pression par les gros groupes ne sera jamais viable.
Il faudra passer par une uniformisation des règles qui protègent à la fois la nature et la santé des agriculteurs comme celle des consommateurs.
Anne-Cécile Suzanne, diplômée d’Harvard et de Science Po, a choisi en 2014 de reprendre la ferme familiale (mère médecin et père éleveur de bovins).
Elle a publié plusieurs tribunes dans Le Monde ou Le Figaro qui ne manquent pas de bon sens :
Il faut, selon elle, aller au bout de nos convictions lorsque des décisions sont prises, notamment interdire tout produit importé qui ne respecte pas les normes que nous imposons à nos agriculteurs et contrôler l’application de cette interdiction.
Cela vaut pour les conditions d’élevage, les normes sanitaires, l’absence de déforestation.
Basique et pourtant…
Où en est-on aujourd’hui ?
Le 7 août, le Conseil constitutionnel s’est finalement prononcé sur la loi Duplomb, la jugeant en partie non conforme à la Constitution.
Dans leur viseur particulièrement, le très controversé article 2, qui prévoyait la réintroduction sous conditions de l’acétamipride.
Celui-ci demeurera donc interdit en France.
L’institution a cependant validé les simplifications administratives accordées aux plus gros élevages, ainsi qu’à la construction d’ouvrages de stockage d’eau à finalité agricole.
La chèvre et le chou ont été ménagés, mais cela va-t-il régler le problème de fond ?
La réponse est évidemment « non ».
Le modèle agricole français demeure au bord de la rupture.
La production locale sera toujours soumise à la concurrence impitoyable des autre pays européens, les agriculteurs vont continuer à être sous-payés, les grands groupes de l’agro-alimentaire vont continuer leur politique de rentabilité maximale, et nous, consommateurs, allons continuer à nous nourrir de produits de piètre qualité et parfois dangereux pour notre santé…
Que pensez-vous du tapage qui a été fait autour de la loi Duplomb ?
Selon vous, la décision du Conseil constitutionnel est-elle une victoire ou un maigre coup d’épée dans l’eau qui ne change rien au fond du problème ? Donnez-nous votre avis en commentaire !
Tout ceci n’est qu’une question de gros sous derrière tout ça. L’essentiel est bafoué et le système est ainsi fait. Il faut arrêter cette société de consommation stupide . Nous allons vers un clash général depuis longtemps et nos dirigeants ont les mains dans le même sac. Et leur manière d’être de plus en plus violents , sur différents points, prouve bien qu’ils ont peur d’une réalité qui leur pend au nez.
Bonjour, Je travaille pour les agriculteurs en proposant des solutions alternatives naturelles comme vous pour la santé. Et donc, je suis naturellement favorable aux solutions naturelles. Néanmoins, aujourd’hui la question principale est la suivante : Voulons nous encore une agriculture en France ? si nous refusons les néocotinoïdes, l’agriculture française va disparaitre car les agriculteurs n’arriveront pas à produire pour être rentable ; les pucerons vecteurs de la maladie de la jaunisse sont de plus en plus présents. Car cette bataille pour les betteraves, les agriculteurs la vivent aussi pour d’autres matières actives. En France on enlève régulièrement des produits… Lire la suite »
Beaucoup de personne non aucune idée des contraintes de l agriculture et pourtant font des lois
Quelles que soient les (très) bonnes raisons des agriculteurs de ne pas vouloir être les dindons de la farce, il faut constater que les citoyens Français ont massivement exprimés le fait qu’ils ne voulaient pas s’empoisonner en mangeant. La réponse qui consiste à dire » oui mais on a besoin de gagner notre vie » ne tient pas face à ceux qui ne veulent pas manger ce qui les rend malades. Que faire ? comme les agriculteurs de la confédération paysanne massivement opposée à la loi Duplomb ? ceux là sont pourtant très près de la terre à la tête de… Lire la suite »
S’il est évident que cette loi Duplomb ne résout pas le problème elle met en avant l’inconséquence de l’UE et l’impossibilité de chaque pays membre de ne plus rien décider dans son propre intérêt c’est à dire que nous ne sommes plus souverains !
C’est l’évidence qu’il est impossible de faire consensus à 27 pays !!!
On comprend rapidement que vous avez des propos proches de ceux de la FNSEA syndicat qui soutient les gros agriculteurs au détriment des petits exploitants… Je suis issu du monde agricole et je vis dans un milieu extrêmement rural…donc je connais plutôt le milieu des agriculteurs et des éleveurs. Contrairement à vos propos très orientés je peux vous dire que les agriculteurs n’en ont rien à faire de l’environnement… à la moindre occasion ils détruisent haies, talus, zones humides et ruisseaux… combien de fois ai-je dû faire intervenir l’OFB ( qu’ils détestent, et pour cause !). Les méga bassines sont… Lire la suite »
un coup d’épée dans l’eau je le crains
Je voulais mettre une note de 2/5 sur votre message d’aujourd’hui au sujet de la loi Duplomb, mais l’affichage revient toujours à 5/5… Soyez clair : il n’y a rien à retenir dans cette loi. L’acétamipride n’en fait qu’une partie. La loi est toute dédiée au programme de la FNSEA : favoriser l’agro-industrie, y compris l’accaparement de l’eau (un bien commun) par quelques-uns au détriment de tout les autres, pour que les producteurs de maïs puissent arroser à gogo en plein cagnard une culture destinée à l’exportation, pas à nourrir la population française. Et puis les « fermes »-usines, plutôt usines que… Lire la suite »
J’ai signé cette pétition contre la loi Duplomb. Je suis pour un soutien à notre agriculture. Mais que dire des producteurs de noisettes ou betteraves qui pratiquent une monoculture depuis des décennies sur leur sol exsangue, alors que le plus petit jardinier opère une rotation de ses cultures dans son potager. Qu’il sait que pour faciliter la polinisation rien de vaut une diversité de plans. Que dire des méga-bassines qui ne sont qu’un emplâtre sur une jambe de bois : ce sont les nappes phréatiques qui vont trinquer si je puis dire…on prend de l’eau là où il n’y en… Lire la suite »
Honnêteté et remise en cause du système demanderaient du temps. Et l’argent est un moteur qui conduit de travers. Nous sommes dans un monde de fous, géré par des fous et la population avance cahin-caha, la plupart des citoyens ne se posant pas trop de questions il me semble. « Consommacteurs » oui ce serait bien mais il faut du bio et de l’argent pour acheter des produits sains. Je pense d’ailleurs que les produits sans pesticides etc. ne devraient pas être appelés bio. Ce sont des légumes points barre. Et les autres des légumes chimiques ou pollués Chez les maraîchers autrefois… Lire la suite »
C’est effectivement l’arbre de la pseudo conscience écolo, qui cache la forêt du saccage de notre agriculture et de l’exécution de nos agriculteurs sur l’autel de la mondialisation à tout va de l’économie.Les normes européennes existent, leurs dates d’application doivent absolument être unifiées au sein de la CE et le retour à la préférence communautaire (philosophie première de la CEE) urgemment édicté.
Vous non plus n’êtes pas honnête en diffamant les propos de Sandrine Rousseau, qui n’a jamais dit ce que vous citez entre guillemets ! Reportez-vous justement à l’article que vous citez et corrigez : elle parle de « la rentabilité » et fait bien le distingo entre les problèmes de l’agro-business (=la rentabilité) et ceux des agriculteurs (=leur rémunération et qualité de vie). Vous faites de la diffamation, je suis très déçue, je me désabonne sur le champ.
J’ai appris beaucoup dans cette lettre que je trouve bien argumenteé et avec effort d’objectivité. Le problème est complexe mais ce qui est sûr c’est que je soutiens la cause des agriculteurs, en effet pris dans de multiples étaux et dilemmes auxquels certains pays ne sont pas soumis. Et du même coup ceux ci exercent une concurrence déloyale puisque le consommateur achète car moins chers, sans toujours réfléchir plus loin sur la question, et pour des raisons de budget.
Intéressant.
Merci d’insister sur le fait qu’il faut cesser d’accepter les produits non conformes à notre législation. Notre santé est LA priorité !!
Nos agriculteurs doivent être accompagnés pour développer une production alimentaire saine.
Le souci principal d’un gouvernement devrait etre la santé de la population,et donc d’interdire les produits chimiques toxiques dans l’alimentation.
Il faut évidemmenque les agriculteurs aient des revenus corrects.
Cela ne peut se faire que s’il y a une autre répartition des richesses.
Tant que la finance gouverne la France et l’Europe, la santé de la population ne sera pas une priorité
PS : moi aussi je suis fils d’agriculteur et je connais donc les difficultéesd mais aussi les joies de ce métier.
L’agriculture française est au bord du gouffre !! Nous devons la soutenir !
Bonjour,
Le gouvernement devrait privilégier lorsque cela est possible l agriculture française.
Pourquoi importer des produits de l UE non respectueux des lois françaises sur les pesticides?
Pourquoi ne pas les bannir au profit de nos agriculteurs?? Aberrant.
Je pense aussi que le respect des animaux est important ainsi que l abattage. Le gouvernement devrait se pencher là-dessus.
Cordialement
G. L
Bonjour, Les décisions du conseil constitutionnel sont toujours aussi timides,dénuées d’audace et de courage ! la proposition de Mme Anne Cécile Suzanne est pleine de bon sens, il faudrait que l’Europe avance d’un même pas !
Tapage utile pour prise de conscience, mais 2 sujets majeurs comme agrandissement des élevages intensifs et prélèvement de l eau dans la nappe phréatique au détriment des zones humides nécessaires à une bonne régulation du cycle de l eau, ont été complètement occultés et mis sous le tapis. Ces 2 sujets sont malheureusement d une ampleur bien supérieure. Stratégiquement bien joué de lâcher sur l acetamipride, cela a permis de faire passer le reste tranquillou. (Grrr) En synthèse, il est indispensable de revenir à une agriculture plus naturelle avec la nature ( fossés, haies, pâturages, …) dans de petites fermes,… Lire la suite »
les « »ouvrages de stockage d’eau à finalité agricole. » » sont une abérration à combattre en priorité cela va aggraver le problème de la sècheresse
ça soumet à l’évaporation l’eau qui serait restée dans les nappes phréatiques et ça n’alimentera que quelques exploitations (toutes « »FNSEA « »…. à Soline : seulement 16 ) en condamnant toutes les autres à mourrir
Dans les campagnes, il n’y a plus de lapins, de lièvres, de faisans.. toutes les espèces d’oiseaux sont en déclin voire en voie de disparition.. il n’y aura bientôt plus d’insectes, d’abeilles.. etc etc et l’on nous rabâche que le monde agricole se soucie de la nature ! La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, se bat pour la réintroduction de tous ces pesticides.. alors que les agriculteurs sont souvent les premier intoxiqués par les produits qu’ils épandent.. L’industrie alimentaire nous ferait manger n’importe quoi pourvu que cela rapporte de l’argent. Que chacun fasse son jardin, sans rien traiter.. les fruits ne… Lire la suite »
Non à la mondialisation.non aux pesticides.
Le mot ecologie ne devrait meme pas exister. Revenons à l agriculture des années 50. Ce n est que du bon sens pour notre terre, notre océan, nos corps, et tout le monde végétal, animal. Pas la peine de tergiverser. Ça suffit.
Livre à lire qui est d’utilité publique : de James Rebanks, Des hommes libres. 3 générations de bergers, 1 terre à sauver. Vraiment c’est 1 lecture enrichissante sur le monde agricole. Certes cela se passe en Angleterre ms les problématiques st les mêmes.
A faire passer à vos contacts.
Merci