Nestlé, Danone, Lactalis et le lait infantile contaminé - Nouvelle Page Santé

Nestlé, Danone, Lactalis et le lait infantile contaminé

Depuis la fin de l’année 2025, un invité peu engageant s’est invité dans des lots de lait infantile : la céréulide.

Derrière ce nom barbare se cache une toxine potentiellement dangereuse, suspectée d’avoir contaminé des laits pour bébé commercialisés par plusieurs géants de l’agroalimentaire, dont Nestlé, Lactalis, Danone et Vitagermine[1].

Au fil des semaines, c’est en véritable scandale sanitaire d’ampleur internationale que s’est muée cette affaire.

Une fois de plus, (une fois de trop ?) les failles d’un système à la dérive sont exposées à la vue de tous.

Cette fois, saura-t-on en tirer les leçons… ?

Un ingrédient venu de loin

Afin de déterminer ce qui a bien pu clocher dans la chaîne de production de ces laits contaminés, des investigations ont été menées. Elles convergent toutes vers un fournisseur chinois, Cabio Biotech, soupçonné d’avoir commercialisé de l’acide arachidonique contaminé.

Cet acide gras de la famille des oméga-6 est couramment ajouté aux laits infantiles pour se rapprocher de la composition du lait maternel.

Le problème ? Lorsque l’acide arachidonique est contaminé par certaines bactéries, notamment Bacillus cereus, il peut produire de la céréulide, une toxine difficile à détecter et potentiellement dangereuse pour les nourrissons car elle provoque des vomissements sévères, des diarrhées, voire des atteintes hépatiques ou rénales.

Selon l’association Foodwatch[1], le problème était pourtant connu dès novembre 2025 et certaines autorités européennes en ont été rapidement informées. Des retraits « silencieux » auraient même eu lieu dans plusieurs pays, sans communication publique…

Face à l’ampleur grandissante de la crise, les autorités sanitaires ont fini par réagir. Fin janvier 2026, la France annonce un abaissement du seuil de tolérance de la céréulide dans l’alimentation infantile. Quelques jours plus tard, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) adopte à son tour des normes plus strictes.

Ces décisions soulèvent une question essentielle : fallait-il attendre des hospitalisations et des décès suspects pour renforcer la réglementation ?

En effet, la céréulide n’est pas une toxine inconnue, loin de là.

Malgré le danger qu’elle représente, elle n’a pas donné lieu à une surveillance renforcée spécifique dans les laits infantiles en Europe… malgré plusieurs alertes ponctuelles dans différents aliments[2].

Une négligence coupable qui prend malheureusement toute sa dimension aujourd’hui.

Une vieille odeur de scandale

Plusieurs problèmes font de cette affaire un exemple de tout ce qui entache l’industrie alimentaire depuis que des lanceurs d’alerte comme Foodwatch, 60 millions de consommateurs ou Nouvelle Page (entre autres) s’attachent à mettre en avant ses pratiques parfois douteuses.

  • Première anomalie : l’affaire éclate officiellement le 10 décembre 2025, lorsque Nestlé annonce le rappel d’un premier lot de lait infantile Guigoz, alors que la contamination est connue dès novembre 2025. Il faudra ensuite attendre près d’un mois pour que les rappels prennent une ampleur significative. Entretemps, des nourrissons sont hospitalisés, et un décès est signalé après la consommation d’un lait suspect. À partir du 21 janvier, le scandale change de dimension : Lactalis, puis Danone et Vitagermine, procèdent à leur tour à des rappels. L’hypothèse d’un problème isolé ne tient plus. Il s’agirait non plus d’une défaillance interne à une entreprise ou à une usine mais bien de la contamination d’un ingrédient utilisé à l’échelle mondiale.
  • Deuxième anomalie : ce scandale met en lumière une réalité dérangeante : la mondialisation extrême de la chaîne alimentaire. Un ingrédient produit en Chine, transformé en Europe, distribué dans plus de 60 pays… et contrôlé par des instances peu coordonnées. La recherche du moindre coût encore et toujours… Des alternatives existaient, notamment auprès de fournisseurs européens, mais à un prix plus élevé. Dans un secteur aussi sensible que l’alimentation des nourrissons, ce choix interroge sur les priorités des industriels.
  • Troisième anomalie : des réponses bien tardives et très insuffisantes. Dans toute la France, de nombreuses plaintes ont été déposées, dénonçant un manque de transparence et des délais de réaction jugés inacceptables. Il y a des rappels « par précaution », une absence de lien formel établi entre les produits et les maladies, une responsabilité reportée sur le fournisseur… Pourtant, la responsabilité finale incombe aux fabricants, tenus de contrôler la qualité des ingrédients qu’ils utilisent, d’autant plus lorsqu’il s’agit de produits destinés aux bébés[3].
  • Quatrième anomalie : une prise de conscience quelque peu factice. Pour rappel, de nombreuses affaires similaires ont été révélées ces dernières années. Ainsi, Foodwatch avait déjà porté plainte contre Lactalis en 2018 (contaminations à la salmonelle), contre Nestlé dans l’affaire Buitoni en 2023, contre Nestlé encore en 2024 dans l’affaire des eaux contaminées. Visiblement, aucune prise de conscience véritable n’en est ressortie. Les méthodes restent les mêmes et les résultats aussi : beaucoup de profits et quelques victimes reléguées au rang de dommages collatéraux.

Pour illustrer ce dernier point, voici ce que déclarait Emmanuel Besnier lors de l’affaire Lactalis en 2018 : « Toute l’entreprise, moi le premier, sommes mobilisés vers un objectif commun : réparer et améliorer ce qui doit nécessairement l’être et restaurer la confiance entre vous et nous. Cette confiance, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la rétablir »[4]

Presque 10 ans plus tard, rien n’a bougé et c’est proprement insupportable.

Que retenir de tout cela ?

Au-delà de l’émotion légitime, cette affaire doit servir d’électrochoc. Elle pose des questions fondamentales :

  • Doit-on encore accepter en 2026 qu’un produit alimentaire (d’autant plus lorsqu’il est destiné aux nourrissons) contienne la moindre trace de toxine ?
  • Les contrôles actuels sont-ils réellement adaptés à des chaînes d’approvisionnement mondialisées ?
  • Doit-on continuer, même au prix de la santé des consommateurs, à privilégier le profit ?
  • La transparence envers les consommateurs est-elle suffisante ?
  • Les sanctions prévues ou effectives sont-elles suffisamment fortes pour que ces scandales à répétition cessent enfin ?

Au-delà de la problématique des laits infantiles, ce sont nos habitudes alimentaires qui sont une fois de plus mises en perspective.

Je le répète souvent, mais nous avons le choix de nous soumettre ou non aux règles imposées par la toute puissante industrie agroalimentaire.

Les aliments transformés qui constituent aujourd’hui une bonne part de notre alimentation se révèlent chaque jour nocif pour la santé à bien des niveaux.

Reprenons le contrôle en cuisinant davantage de produits frais, en faisant travailler les producteurs locaux qui respectent le bon, le vrai, la vie !

Notre attitude vis à vis de l’alimentation est à la fois un choix politique et sociétal.

Nous avons encore voix au chapitre, alors saisissons cette opportunité chaque jour !

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