Depuis quelques semaines, la colère gronde dans les rues des plus grandes villes de France.
Nous avons tous vu les images et chacun se fera son opinion concernant les messages politiques et la façon dont tout cela a été géré.
Ce n’est pas mon propos du jour.
Ce qui m’intéresse davantage et dont personne ne parle, c’est ce qui se passe ensuite, une fois que les slogans se sont tus, que les rues se sont vidées et que les forces de l’ordre se sont retirées.
Dans l’air flotte encore une odeur âcre de plastique brûlé. Des déchets en tous genres jonchent le sol. Un commerçant balaie devant sa boutique à la vitrine brisée. Une habitante ferme ses fenêtres, les yeux irrités. Et quelque part, des enfants toussent.
La manifestation est terminée et pourtant, pour ceux qui vivent dans les quartiers traversés par les affrontements, tout n’est pas tout à fait fini. Cette manifestation continue à se faire sentir dans les poumons, sur la peau, dans les nuits agitées et parfois dans la peur de sortir de chez soi…
Une pollution dont personne ne parle
Les manifestations et les dégâts qu’elles engendrent ont un coût qui se chiffre en millions d’euros, mais ce n’est pas le seul prix à payer.
Les manifestations laissent derrière elles une pollution considérable.
Les différents incendies (mobilier urbain, poubelles ou véhicules), les grenades qui explosent…
Tout cela libère un mélange complexe de substances irritantes et toxiques.
Les particules fines sont suffisamment petites pour atteindre les régions profondes des poumons. Certaines peuvent même passer dans la circulation sanguine.
À court terme, l’exposition peut provoquer une irritation des yeux, du nez et de la gorge, une toux, des difficultés respiratoires, des maux de tête ou une sensation d’oppression thoracique.
Chez les personnes asthmatiques, les fumées peuvent déclencher une crise. Chez celles qui souffrent d’une maladie respiratoire chronique ou cardiovasculaire, elles peuvent aggraver les symptômes.
Les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les personnes fragiles sont particulièrement vulnérables.
Les déchets abandonnés, eux, peuvent se retrouver dans les caniveaux, les espaces verts et à terme dans les cours d’eau et les nappes phréatiques.
Le nettoyage lui-même peut devenir une source d’exposition. Un balayage à sec, par exemple, risque de remettre des particules dans l’air. Les agents municipaux, les pompiers, les commerçants et les riverains qui participent au déblaiement peuvent alors inhaler ces poussières ou entrer en contact avec elles.
Ce sont souvent les mêmes personnes qui, après avoir subi les nuisances, doivent contribuer à effacer leurs traces…
Les gaz lacrymogènes : une arme qui n’épargne personne
Autre pollution lors des manifestations : les nuages de gaz lacrymogène qui envahissent une place ou une rue.
Ces agents chimiques sont utilisés pour provoquer une irritation intense des yeux et des voies respiratoires. Ils entraînent généralement des larmoiements, une sensation de brûlure, une toux, des éternuements et une gêne respiratoire.
Un passant qui traverse la rue, une personne qui attend un bus, un commerçant derrière son comptoir ou un habitant qui ouvre sa fenêtre peuvent être exposés.
Des effets cutanés sont également possibles : rougeurs, brûlures et irritations, notamment lorsque les particules entrent en contact avec la peau ou les vêtements.
Il faut aussi rappeler que les gaz lacrymogènes ne sont pas de simples fumées qui se dissipent sans laisser de traces. Les particules peuvent se déposer sur les surfaces et les vêtements, favorisant ainsi une exposition secondaire.
Les dégâts invisibles
Il existe une autre forme de pollution, plus difficile à mesurer : celle qui s’installe dans les esprits.
Imaginez une mère qui rentre chez elle avec ses enfants après avoir zigzagué entre les explosions, les mouvements de foule et les affrontements.
Elle se sent rassurée une fois chez elle. Pourtant, le lendemain, alors que tout est calme, elle sursaute au moindre bruit. Elle hésite à sortir. Elle surveille les informations et se demande si les événements vont recommencer.
Cette réaction n’a rien d’anormal. Face à une situation perçue comme menaçante, le cerveau mobilise des mécanismes de survie : vigilance accrue, accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, libération d’hormones du stress.
Les conséquences sont bien connues : des troubles du sommeil, de l’anxiété, de l’irritabilité ou une difficulté à se concentrer.
Chez les personnes directement exposées à des violences, les symptômes peuvent parfois s’inscrire dans un trouble de stress post-traumatique.
Pensez aussi au traumatisme pour les commerçants qui ont tout perdu en quelques minutes.
Un commerce endommagé peut représenter des mois de travail, des économies investies et parfois une entreprise familiale.
La santé ne se résume pas à l’absence de maladie : elle dépend aussi de la sécurité, du logement, des relations sociales et des conditions de vie.
Quand l’anxiété s’installe dans la société
Les manifestations de grande ampleur peuvent même affecter des personnes qui ne se trouvent pas directement sur les lieux.
Les images de violences, les vidéos d’incendies, les récits de blessures et les alertes diffusées en continu sur les chaînes d’information peuvent entretenir un sentiment d’insécurité.
L’exposition médiatique n’a pas les mêmes effets sur tout le monde. Certaines personnes s’informent puis passent à autre chose, tandis que d’autres peuvent ressentir une anxiété profonde et durable.
En 2019, Hong Kong connaît plusieurs mois de manifestations massives, qui dégénèrent régulièrement en affrontements. Des chercheurs de l’université de Hong Kong1 observent que :
- La proportion d’adultes présentant une dépression probable passe d’environ 2 % avant les grands mouvements sociaux, à 11,2 %.
- Environ 12,8 % des adultes présentent des symptômes évoquant un trouble de stress post-traumatique.
- Les chercheurs estiment que les besoins en consultations psychiatriques auraient augmenté d’environ 12 % après les manifestations.
Plus près de nous, une étude française s’est penchée sur la santé mentale de 523 manifestants du mouvement des Gilets jaunes. 2
Les résultats sont frappants :
- 49 % des participants présentaient des symptômes sévères de dépression.
- 15,5 % remplissaient les critères d’un diagnostic provisoire de TSPT.
- L’exposition aux violences policières était associée à une augmentation des symptômes dépressifs et post-traumatiques.
Une manifestation est souvent l’expression d’une colère, d’une revendication ou d’un espoir collectif.
Elle peut être un moment essentiel de la vie démocratique. Mais lorsqu’elle se transforme en affrontements et en destructions, les conséquences dépassent largement le périmètre de la mobilisation.
Qu’avez-vous pensé des manifestations qui ont eu lieu ces derniers jours ?
En avez-vous subi les conséquences ?
Prenez plus que jamais soin de vous en ces temps troublés, mes amis !

