Les tensions dans la relation patients-médecins - Nouvelle Page Santé

Les tensions dans la relation patients-médecins

Rappelez-vous : en mars 2025, un signal fort avait été envoyé : médecins, infirmiers et pharmaciens s’étaient mobilisés pour dénoncer la montée des violences à leur encontre.

Un coup d’épée dans l’eau semble-t-il car, à l’heure où j’écris ces lignes, les décrets nécessaires pour appliquer la loi visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé, promulguée le 9 juillet 2025, ne sont toujours pas publiés[1]

Résultat : Les agressions contre les médecins ont augmenté de 26 % en un an !

Ce chiffre ne reflète pas seulement un problème de sécurité. Il révèle une fracture profonde dans la relation de soin.

Derrière les tensions visibles se cache une réalité plus complexe : une incompréhension croissante entre patients et soignants, nourrie par des attentes non satisfaites, un système de santé sous pression et une évolution rapide des mentalités.

Quand la consultation devient “difficile”

Une étude publiée dans Annals of Internal Medicine estime qu’une consultation sur six est perçue comme difficile par les médecins.

Mais que signifie réellement cette difficulté ?

Il ne s’agit pas uniquement de conflits. Ces situations concernent souvent des patients souffrant de :

  • douleurs chroniques
  • anxiété ou dépression
  • symptômes multiples et fluctuants
  • troubles difficiles à diagnostiquer

Ces patients consultent plus fréquemment et expriment des attentes parfois complexes. Les médecins se retrouvent alors face à des cas dont ils ne maîtrisent pas toujours la problématique.

Le patient se sent incompris, parfois jugé et surtout abandonné face à ses symptômes.

La médecine moderne, en se spécialisant, a gagné en efficacité, certes, mais a perdu en vision globale.

Aujourd’hui :

  • le cardiologue traite le cœur
  • le gastro-entérologue s’occupe du système digestif
  • le neurologue du cerveau

Mais qui prend en charge la personne dans son ensemble ?

Qui prend en compte l’aspect psychologique dans l’apparition de la maladie et dans le processus de guérison ?

La plupart du temps, le médecin généraliste ne va faire aucun diagnostic et engager son patient dans un parcours du combattant.

Celui-ci va se retrouver ballotté d’un spécialiste à un autre, va multiplier les examens, et se sentir parfois perdu dans ce système extrêmement déshumanisant.

Cette situation génère frustration, fatigue et parfois défiance.

Le patient peut avoir le sentiment d’être réduit à une somme d’organes.

Selon une étude Ifop[2] :

  • 48 % des Français ressentent un manque de coordination dans leur suivi médical
  • 75 % doivent eux-mêmes faire le lien entre les professionnels (examens redondants, informations mal transmises, consignes contradictoires…)

En plus de ses symptômes et de l’incertitude autour de l’origine de sa souffrance, le patient subit un stress insupportable.

C’est un constat d’échec criant de notre système de soin.

Un dialogue trop souvent rompu

En France, une consultation dure en moyenne 17 minutes… et encore, je trouve ce chiffre bien généreux.

Ce temps consacré au patient est bien insuffisant pour :

  • comprendre son histoire globale
  • explorer les dimensions émotionnelles et sociales
  • instaurer une relation de confiance

Or, ce sont précisément ces éléments qui sont essentiels pour éclaircir les situations les plus complexes.

Comprenez-moi bien, il ne s’agit pas de jeter la pierre aux médecins : ils sont pour la plupart d’entre eux débordés par le nombre de malades à recevoir dans la journée.

En cause : le manque de médecins sur la quasi-totalité du territoire.

En 2024, six millions de Français n’avaient pas de médecin traitant et 87 % du territoire était classé en désert médical[3].

Vous imaginez bien que les journées sont très longues pour les médecins qui doivent prendre en charge un nombre de patients grandissant.

Si le dialogue est rompu, il ne faut pas non plus exclure la part de responsabilité du patient.

En effet, l’accès massif à l’information, notamment via internet, a profondément modifié la relation de soin.

Durant des siècles, la relation médicale a fonctionné sur un modèle paternaliste et hiérarchique entre un médecin détenteur d’un savoir et un malade soumis à l’autorité médicale.

Depuis quelques années, ce rapport a changé : les patients ont pris la parole et demandé à être informés sur leur maladie, à être consultés dans les options thérapeutiques et ont une meilleure compréhension du fonctionnement de leur corps.

Le patient arrive désormais au cabinet de son médecin avec :

  • des recherches en ligne
  • des hypothèses diagnostiques
  • parfois des attentes très précises

Le soignant n’est plus le seul détenteur du savoir. Cela peut enrichir la relation… mais aussi la tendre considérablement lorsque les informations engrangées par le patient sont erronées, les attentes sont irréalistes, ou encore que la compétence du médecin est remise en cause.

Comment renouer le dialogue ?

La relation médecin-patient n’est pas en guerre, elle est en pleine mutation.

Collectivement, la vraie responsabilité est de ne pas avoir su prendre conscience que la médecine était en train de changer et de s’éloigner des patients.

Chacun va devoir s’adapter à de nouvelles réalités et faire un effort pour que la relation médecin-patient reste saine et profitable à tous.

Face à ce tournant, plusieurs pistes se dessinent :

  • Côté soignants, il faudra peut-être à l’avenir développer davantage les compétences relationnelles, réintégrer une approche plus personnalisée, valoriser davantage l’écoute.
  • Côté patients, il faudra réapprendre à faire confiance, à faire le tri dans la multitude d’informations disponibles sur internet, accepter le fait que la médecine est une discipline qui n’a pas réponse à tout et à lâcher prise.
  • Côté système de soin, il faudra à coup sûr améliorer la coordination des soins, redonner du temps aux consultations, encourager les approches intégratives et lutter de toute urgence contre les déserts médicaux.

Cela représente un sacré défi, mais un défi ô combien nécessaire.

Pour conclure, je vous laisse méditer sur cette phrase d’une justesse infinie. Elle nous vient du psychiatre Michael Balint qui écrivait en 1961 : « Le médicament le plus utilisé en médecine est le médecin lui-même. »

Et vous, quelle relation avez-vous avec votre médecin ?

Avez-vous constaté une évolution ces dernières années ?

0 0 votes
Évaluation de l'article

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

Avis de nos lecteurs

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x