Il est des remèdes qui traversent les siècles sans jamais perdre leur aura.
L’Eau d’Emeraude en fait partie.
Derrière ce nom évocateur se cache une tradition vivante, un savoir-faire transmis avec patience, et surtout, une étonnante histoire de survie.
Car oui, la fabrication de l’Eau d’Emeraude n’a pas seulement contribué au bien-être de générations entières, elle a sauvé une communauté religieuse dont l’origine remonte à plus de 400 ans !
Une recette préservée dans le silence des monastères
Nous sommes au début du XVIIe siècle, dans le Loiret.
Une jeune apprentie apothicaire, issue d’un milieu modeste, ressent l’appel d’une vie différente.
Elle choisit de quitter le monde pour entrer au monastère des bénédictines de Notre-Dame du Calvaire, à Orléans.
Avant son départ, son maître lui confie un cadeau singulier. Pas un objet précieux, ni une somme d’argent… mais une recette.
Une recette secrète.
« Avec cela, tes sœurs ne manqueront jamais de pain », lui dit-il.
Ce geste n’est pas anodin. L’apothicaire souhaite remercier les religieuses pour l’aide qu’elles lui ont apportée autrefois. Mais il souhaite aussi transmettre un savoir avant qu’il ne disparaisse.
Ainsi naît l’histoire de l’Eau d’Emeraude, à une époque où les remèdes naturels se préparaient avec soin, souvent dans le secret des monastères.
Dépositaires d’un précieux savoir botanique, les religieuses élaboraient des remèdes à base de plantes, d’huiles et d’alcools pour soulager les maux du quotidien.
Les sœurs de Notre-Dame du Calvaire préserveront ainsi la recette de l’apothicaire au fil des générations, dans une transmission discrète, presque sacrée, qui perdure encore aujourd’hui.

@Thomas Louapre
Quand un élixir devient une source de survie
L’histoire de l’Eau d’Emeraude est indissociable de celle des bénédictines de Notre-Dame du Calvaire.
Fondée en 1617 par Madame d’Orléans, cousine du roi Henri IV, la congrégation connaît rapidement un essor important. Le premier monastère voit le jour en 1617 à Poitiers.
Mais l’histoire n’est pas linéaire.
La Révolution française bouleverse profondément la vie religieuse : les monastères sont fermés, les sœurs dispersées, les biens confisqués. Celui d’Orléans, fondé en 1638, n’échappe pas à ce destin.
Et pourtant, la vie monastique ne disparaît pas.
Un petit groupe de moniales persévère, s’installe modestement derrière la cathédrale, et maintient la flamme. Au fil du temps, la communauté se reconstruit, s’adapte.
Après plusieurs déménagements et péripéties dont je vous passe les détails, les sœurs s’installent finalement en 1999 à Bouzy-la-Forêt, dans un lieu pensé pour durer, et dans un cadre propice à la prière, au travail… et à la transmission.
Aujourd’hui, la communauté compte treize moniales. Leur rythme de vie reste fidèle à la règle de Saint Benoît : Ora et Labora : prier et travailler.
Leur journée débute à l’aube, rythmée par les offices quotidiens, entrecoupés de travail manuel.
Et au cœur de ce travail, une activité essentielle demeure : la fabrication de l’Eau d’Emeraude.
Une eau précieuse dans tous les sens du terme, car face à l’instabilité économique qui a jalonné l’histoire des bénédictines, le remède a constitué un soutien financier vital.
Fort appréciée dès sa commercialisation, l’Eau d’Emeraude s’est vite transformée en ressource essentielle.
Ce qui me touche particulièrement, c’est que cette activité n’a pas pu être confisquée de la même manière que les terres ou les bâtiments.
Le savoir-faire, lui, ne se saisit pas. Il se transmet, se protège, et continue d’exister tant qu’il y a des mains pour le perpétuer.
A méditer !
Dans le silence de l’atelier : un savoir-faire vivant
De nos jours, à Bouzy-la-Forêt, l’Eau d’Emeraude continue de faire des miracles.
Dans un atelier situé à quelques mètres du monastère, sœur Anne et sœur Élisabeth veillent sur ce précieux héritage !
Autour d’elles, le travail s’organise dans la simplicité : une laïque les aide pour l’emballage et l’expédition, tandis que la production suit un rythme précis, entre les temps de prière.
Ici, tout est fait selon l’ancienne tradition.
Respect du silence, patience, précision… et une forme de recueillement qui donne à chaque geste une dimension particulière.
Rien n’est laissé au hasard : le choix des ingrédients, les étapes de préparation, le respect des gestes et du temps nécessaire.
Chaque flacon est le fruit d’un héritage vivant, porté par des générations de religieuses qui ont su en préserver l’essence.
Les secrets (presque) dévoilés de l’Eau d’Emeraude
Si la recette exacte reste protégée, certains éléments sont connus.
L’Eau d’Emeraude est élaborée à partir d’ingrédients simples :
- de l’eau
- du miel
- de la levure (pour fermenter)
- du romarin
- de la sauge
- de la menthe poivrée
Tout commence par la préparation dans de grandes cuves qui fermente pendant une vingtaine de jours. Durant ce temps, les sœurs surveillent attentivement l’évolution du mélange.
La distillation s’effectue ensuite dans un alambic en cuivre.
Enfin, la préparation est stockée à température contrôlée… et prend naturellement cette teinte vert émeraude qui a fait sa renommée.

Une lotion aux multiples usages
L’Eau d’Emeraude soulage plusieurs petits maux du quotidien, dans une approche douce et naturelle.
- la sauge contribue à soutenir l’organisme, notamment en période hivernale
- la menthe poivrée apaise les irritations et les démangeaisons
- le romarin soulage les tensions et favorise la récupération
À cela s’ajoutent les propriétés purifiantes et cicatrisantes liées à la synergie des ingrédients.
Vous pouvez utiliser l’Eau d’Emeraude de plusieurs façons :
- En compresse, elle nettoie et apaise les petits problèmes de peau quotidiens (irritations, boutons, etc.)
- En friction, elle détend et soulage les jambes fatiguées
- En bain de bouche, diluée avec de l’eau, elle participe à l’hygiène buccale et procure une sensation de fraîcheur.
Son utilisation est simple, accessible, et convient à tous les âges.
Produite dans le respect des traditions, elle incarne un lien rare entre passé et présent.
Dans un monde où tout va vite, elle nous rappelle une chose essentielle : les gestes simples, imprégnés de sens, ont parfois plus de valeur que les solutions complexes déconnectées du vivant.
Comme tout produit d’artisanat, l’Eau d’Emeraude mérite ces deux précisions :
- Conservez-la à température ambiante et à l’abri de la lumière naturelle
- Au-delà de deux ans, elle garde ses bienfaits et reste utilisable. Cependant, il se peut qu’elle jaunisse naturellement à cause des ingrédients naturels qui la compose. Pas d’inquiétude.
Vous pouvez acheter l’Eau d’Emeraude directement à l’adresse de la boutique du monastère : 73 route de Mi-Feuillage, 45460 Bouzy-la-Forêt ou via leur site : https://www.benedictines-bouzy.com/au-commencement-447.html
Attention : L’Eau d’Emeraude est très recherchée et la production est limitée, je vous recommande donc de suivre cette précaution si vous voulez un produit authentique : cherchez le logo « Monastic », typique des produits d’artisanat monastique !
Portez-vous bien !

