Personnellement, je suis un tantinet maniaque concernant mon environnement.
Un tableau accroché de travers dans mon champ de vision m’obsède jusqu’à ce que je le remette bien droit.
C’est ridicule, je sais, mais on ne se refait pas…
C’est pourquoi je suis persuadé que l’agencement de notre maison a une influence sur notre état intérieur.
Depuis plusieurs siècles, le Feng Shui cherche à organiser les lieux de vie de manière à favoriser une circulation harmonieuse de l’énergie.
J’aime beaucoup cette idée !
Je me suis donc penché sur la question et je vous livre aujourd’hui un avis, qui je l’espère, sera le plus objectif possible.
Une vieille histoire de circulation d’énergie, mais pas que…
Il suffit parfois de pousser la porte d’une maison pour ressentir immédiatement quelque chose.
On ne sait pas toujours l’expliquer. Une pièce paraît accueillante, lumineuse, reposante. Une autre semble oppressante, froide ou étrangement inconfortable.
Pourtant, rien de mystérieux n’est nécessairement à l’œuvre : la lumière, les volumes, les couleurs, le bruit, les odeurs, la présence de végétaux ou simplement la quantité d’objets autour de nous peuvent modifier notre perception d’un espace.
C’est précisément à cet endroit que le Feng Shui devient intéressant.
Le terme Feng Shui signifie littéralement « vent et eau ». Cette tradition de géomancie chinoise s’est développée autour de l’idée qu’un lieu pouvait être choisi et organisé de manière à favoriser une relation agréable entre l’être humain et son environnement.
Dans sa conception traditionnelle, le qi, souvent traduit par « énergie vitale », doit pouvoir circuler de manière harmonieuse.
L’orientation des pièces et des meubles, les ouvertures, ou encore la déco intérieure peuvent alors être interprétés comme favorables ou défavorables.
Le Feng Shui s’est progressivement enrichi de systèmes symboliques complexes faisant intervenir notamment le yin et le yang, les cinq éléments (bois, feu, terre, métal et eau) ainsi que la notion complexe des huit trigrammes du bagua[1].
Si la conception traditionnelle du Feng Shui repose sur des notions traditionnelles qui peuvent nous sembler lointaines, certaines de ses recommandations rejoignent étonnamment des préoccupations très actuelles concernant la qualité de nos environnements.
Quand le Feng Shui rencontre la psychologie
Nous passons une grande partie de notre temps dans des espaces construits de la main de l’humain.
Des espaces qui n’ont finalement rien de naturel.
Or ces espaces ne sont pas neutres. Ils peuvent faciliter ou compliquer notre repos, notre concentration, nos déplacements ou notre sentiment de sécurité.
Une étude publiée en 2010 dans Personality and Social Psychology Bulletin a notamment étudié la manière dont des personnes décrivaient leur logement[2].
Chez les femmes participant à l’étude, les descriptions faisant davantage ressortir le désordre et le sentiment que la maison était « inachevée » étaient associées à des pics de cortisol (hormone du stress) et à une évolution plus importante de l’humeur dépressive au cours de la journée.
Cette étude illustre l’intérêt de la recherche sur la relation entre logement et état psychologique, et donne une résonance étonnamment moderne à une idée chère au Feng Shui : notre environnement participe à notre expérience intérieure.
Ranger pour faire circuler… ou simplement pour respirer ?
Dans de nombreuses interprétations contemporaines du Feng Shui, le désordre est considéré comme un obstacle à la circulation du qi. Les objets accumulés, les passages encombrés, les piles de vêtements ou les surfaces saturées seraient susceptibles de créer une stagnation de l’énergie.
On peut parfaitement conserver cette idée dans un registre symbolique.
Mais il existe aussi une explication beaucoup plus terre à terre : lorsque notre regard rencontre constamment des objets, des papiers qui traînent, des piles de vêtements, notre environnement peut devenir plus difficile à « lire ».
Notre esprit est distrait par ce désordre et se retrouve par conséquent en tension.
Il lui est impossible de faire le vide (notez la pertinence du terme) et de se relaxer.
Le Feng Shui peut alors devenir une invitation intéressante à faire le tri et à réorganiser l’espace de vie pour y voir plus clair.
Non pas parce qu’une pile de magazines bloquerait mystérieusement une énergie vitale, mais parce qu’un espace moins encombré peut être perçu comme plus calme et plus maîtrisable.
De plus, le Feng Shui accorde naturellement une place importante à la chambre.
Dans les recommandations traditionnelles et contemporaines, on retrouve souvent l’idée d’une chambre zen, relativement dépouillée, protégée des circulations incessantes. Le lit est généralement considéré comme le centre de cet espace.
Certaines écoles recommandent notamment de pouvoir voir la porte depuis le lit sans être directement aligné avec elle. Symboliquement, cette position donnerait au dormeur un sentiment de contrôle et de sécurité.
Là encore, le Feng Shui peut servir de prétexte à une question très simple : ma chambre ressemble-t-elle vraiment à un lieu consacré au sommeil ?
Et si le secret était… la nature ?
Parmi les recommandations attribuées au Feng Shui, beaucoup concernent indirectement la lumière et l’ouverture vers l’extérieur.
Or la recherche contemporaine s’intéresse précisément à la façon dont notre environnement bâti influence notre bien-être.
Les approches dites de « design biophilique », par exemple, cherchent à réintroduire dans les bâtiments la lumière naturelle, les végétaux, les matériaux naturels, la vue sur la nature ou encore certaines formes inspirées du vivant.
Le principe est génial lorsqu’il est appliqué avec bon sens.
Quelques études consacrées aux environnements biophiliques en milieu hospitalier rapportent des résultats intéressants concernant les bénéfices psychologiques associés à l’intégration de la nature, notamment sur le stress et le confort émotionnel[3],[4].
Le Feng Shui donne justement une place importante aux plantes, qui sont associées à l’élément bois et à la croissance.
Dans un intérieur, elles introduisent une présence vivante dans un environnement artificiel.
L’anecdote des gratte-ciels de Hong Kong
Pour comprendre à quel point le Feng Shui peut dépasser le simple aménagement d’un appartement, il faut aller à Hong Kong.
Dans cette ville se font face deux gratte-ciel emblématiques : le siège de HSBC, conçu par Norman Foster et achevé en 1985, et la Bank of China Tower, dessinée par Ieoh Ming Pei et achevée en 1990[5].
Le Feng Shui avait été pris en compte lors de la conception du bâtiment HSBC, comme l’a confirmé Norman Foster lui-même.
Après la construction de la Bank of China Tower, sa géométrie très anguleuse fut interprétée par certains maîtres de Feng Shui comme une forme de « lame » susceptible de diriger une énergie défavorable vers les bâtiments voisins.
Une histoire populaire affirme alors que les deux structures ressemblant à des canons sur le toit du HSBC auraient été installées pour se protéger de cette influence. En réalité, ces dispositifs de maintenance existaient déjà avant l’achèvement de la Bank of China Tower. La « guerre des canons Feng Shui » relève donc davantage de la légende urbaine que d’un épisode architectural avéré.
Cette anecdote montre néanmoins quelque chose de très concret : à Hong Kong, le Feng Shui n’est pas simplement une curiosité folklorique. Il peut intervenir dans la manière dont un bâtiment est conçu, perçu et accepté culturellement.
Un autre détail étonnant : à Hong Kong, certains gratte-ciels présentent d’impressionnants espaces ouverts au milieu de leur structure.
Une explication souvent donnée est liée au Feng Shui : ces ouvertures permettraient aux dragons vivant dans les montagnes de rejoindre la mer sans être bloqués par les bâtiments.
Que l’on adhère ou non à cette explication poétique, le résultat architectural, lui, est bien réel.
Le Feng Shui peut-il vraiment améliorer la santé ?
C’est probablement la question que vous vous posez.
Le premier intérêt du Feng Shui est peut-être de nous obliger à regarder notre intérieur autrement.
Pas seulement notre intérieur en termes de logement, mais aussi notre intérieur mental.
Nous vivons souvent entourés d’objets inutiles ou auxquels nous ne prêtons plus attention. Un meuble encombre un passage depuis cinq ans. Une télévision reste allumée par habitude. Des cartons attendent dans une chambre devenue débarras. Le bureau professionnel s’est installé dans l’espace destiné au repos.
Le Feng Shui propose une forme de prise de conscience : comment est-ce que je me sens ici ? Et même : Comment est-ce que je me sens ? tout court.
Se lancer dans le Feng Shui, c’est aussi se lancer dans une démarche de retour à l’équilibre, à l’harmonie, au mieux-être.
Cela ne nécessite pas forcément de dépenser beaucoup d’argent. Avant de changer les meubles, on peut simplement en déplacer certains, ranger, désencombrer ou créer un coin zen pour se reposer.
Puis observer.
Le sommeil est-il différent ? La pièce paraît-elle plus agréable ? A-t-on davantage envie d’y rester ? Travaille-t-on plus facilement ? Se sent-on moins oppressé ?
Le véritable intérêt du Feng Shui pourrait être de nous rappeler une évidence que nos intérieurs modernes nous font parfois oublier : nous habitons nos maisons, mais nos maisons nous habitent aussi un peu.
Vous intéressez-vous au Feng Shui ?
De manière générale, accordez-vous de l’importance au fait de vivre dans un endroit qui vous ressemble ?

